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vendredi, 23 juillet 2010 22:49

Politique démographique : de la préférence de la gauche au tabou de la gauche

S.W. Couwenberg

 

L’idée que les Pays-Bas sont combles remonte déjà aux années 1950, lorsque le gouvernement, avec le socialiste W. Drees comme premier ministre, décida, en vue de pallier ce danger, de mettre sur pied une politique d’émigration active, bien que le nombre d’habitants

d’alors était beaucoup plus faible que de nos jours, à savoir dix millions. L’écrivain W.F. Hermans proclamait déjà que les Pays-Bas étaient surpeuplés, un thème sur lequel il est revenu durant des décennies. Pour étudier la problématique démographique, le gouvernement Biesheuvel constitua à son tour une commission d'État. Sous la direction du socialiste P. Muntendam, cette commission proposa dans son rapport de 1977, un certain nombre de mesures pour diminuer la pression démographique, entre autres la réduction du flux migratoire. « Une position plus dure face à l’invasion des étrangers dans ce pays déjà intensément surpeuplé est souhaitée d’urgence », ainsi lisait-on dans un commentaire à ce rapport publié dans la revue Beleid en Maatschappij1. En 1974, cette idée était défendue dans le rapport « DS’70 » : « les Pays-Bas ne peuvent pas devenir une terre d’immigration », de même que par l’ex-premier ministre W. Drees. « Notre pays est comble, et même en partie surpeuplé », déclarait la reine Juliana en 1979 dans le discours du trône, sous la supervision du gouvernement de l’époque.

Pim Fortuyn comme briseur de tabous
La conscientisation de ce fait dans les années 1980 est toutefois devenue un des tabous de la gauche, et son expression même un fait punissable, jusqu’à ce que Pim Fortuyn, qui dirigeait encore le parti politique Leefbaar Nederland, ose enfin briser ce tabou. Et suivant les traces de la commission d’État Muntendam, de DS’70  et de l’ex-premier ministre W. Drees, il insista sur la réduction drastique de la poussée migratoire. Cela était devenu nécessaire pour une meilleure intégration du flux migratoire fortement en croissance, et pour soulager les services sociaux publics surchargés. Dans la « Note sur les minorités » de 1983, tout cela avait déjà été exprimé crûment dans une phrase devenue prophétique : « Un afflux incontrôlé d’étrangers engendrera des frais sociaux que la société n'est pas préparée à supporter ».

Fortuyn a exprimé cela carrément, simplement en vue de savoir comment notre État-providence tant choyé par la gauche allait faire pour encore financer ce problème que l’on ne pouvait plus dissimuler. « You cannot simultaneously have free immigration and a welfare state » (« Vous ne pouvez pas avoir simultanément un État-providence et une immigration libre »), comme le faisait remarquer l’économiste américain Milton Friedman. Au Danemark, tant la gauche que la droite ont compris cela depuis longtemps. Depuis la « révolte Fortuyn », c’est aussi le cas maintenant aux Pays-Bas. Comme déjà dit plus haut, c’est même devenu un sérieux point de discussion, même au sein du PvdA (Partij van de Arbeid, le parti social-démocrate néerlandais). Avec sa prise de position tranchée sur cette question, Fortuyn a donc mis la raison politique de son côté après son décès.

Cela vaut également pour son plaidoyer d’accueillir de préférence les demandeurs d'asile dans leur propre région. Il milita en même temps pour une amnistie pour les demandeurs d'asile en cours de procédure, ce qui était beaucoup plus généreux que ce que le gouvernement avait décidé en 2003. Ce dernier point a bien été critiqué, mais il n'a pas été diabolisé comme étant d’orientation extrême. Ce qui avait été le cas avec le prise de position déjà citée de Fortuyn, qui était la conséquence de son anxiété à propos de la pression démographique trop forte aux Pays-Bas. Tout cela, de même que les problèmes structurels d’encombrement du trafic routier en rapport avec la pression démographique et l’agressivité grandissante dans la circulation, n’a encore été qu’insuffisamment reconnu.

Importance et possibilités politiques d’une politique démographique
P.J. Gerbrands2, du Club van Tien Miljoen (Club des Dix Millions), qui est également le fondateur du Partij tegen Overbevolking (Parti contre la Surpopulation), a reproché à Pim Fortuyn sa prise de position, qui était bonne en soi, mais trop unilatérale. Il réduisait la problématique démographique à une question de migration au lieu de faire de ce problème une partie d'une politique démographique beaucoup plus large. Cette critique est compréhensible du point de vue de la politique démographique. Mais on a trop présenté Pim Fortuyn comme un homme politique visionnaire. Comme Fortuyn, à cet égard, a présenté ce que Gerbrands, dans son intéressant livre de 2003, Mijn land van veel en vol, jugeait nécessaire pour que les Pays-Bas redeviennent viables, il a du même coup cessé d’être l’aiguillon de la vieille classe politique. Gerbrands veut précisément une politique démographique nationale visant à la réduction du nombre d'habitants via des stimulants fiscaux, la suppression ou la restriction des mesures sociales encourageant la natalité, comme les allocations familiales, la promotion d’un enfant en moyenne par famille, le refoulement des migrants, même ceux venant des États membres de l’Union européenne (ce qui est contraire au droit européen) et la limitation de l'asile à deux mille personnes par an, et en outre, par le remplacement de notre économie de croissance par une économie de contraction.

L’objectif, via la politique démographique, de freiner la pression démographique et environnementale, est depuis les années 1980 devenu tabou par l’imprévoyance conformiste de la gauche, mais doit être défendu comme étant un intérêt néerlandais général. Il n’y a seulement que quelques outils disponibles pour cela d'un point de vue politique, à savoir une politique d’émigration repensée, principalement dirigée vers l’achèvement de notre secteur agricole devenu problématique, qui dans de nombreux cas, n’est souvent plus viable que grâce à un protectionnisme économique très controversé depuis bien longtemps, et qui va de pair avec une politique de l'immigration très restrictive et très sélective. Une restriction des allocations familiales à deux enfants et uniquement pour les moins bien nantis peut aussi apporter sa contribution, bien que l’on ne doive pas trop en attendre. Un penseur de gauche comme Arie van der Zwan3 en est aussi partisan. Il est remarquable qu'il recommande justement d’encourager la restriction des naissances parmi notre population allochtone. Il se projette avec plus d’enthousiasme que souhaité, comme jadis les catholiques. Une économie de contraction, demandée auparavant pour des raisons écologiques, et maintenant pour des raisons de politique démographique, rencontre des objections insurmontables pour des raisons socioéconomiques. Cela met en effet l'emploi en danger. Et le travail apparaît dans notre société comme la source la plus importante de la spécification sociale, le moyen par excellence pour arriver à l'épanouissement, à la participation sociale et à la considération.

Une dimension mondiale
Dans un monde très globalisé et interdépendant, nous ne pouvons en effet pas perdre de vue la dimension mondiale de la problématique du développement démographique. Le siècle précédent a joué un rôle clé. Bien que les guerres aient coûté un nombre incroyable de vies humaines au cours du siècle, la population mondiale ne s’est pas moins accrue pour autant de 1,6 à 6 milliards d’individus : ce chiffre a été atteint le 12 octobre 1999. Les limites de la capacité durable de régénération de la terre ont été dépassées pour la première fois. Dans le passé, l’humanité a vécu sur les intérêts du capital naturel de la terre. Depuis un certain nombre d’années, nous avons entamé le capital lui-même, avec toutes les conséquences qui en découlent. Si nous jugeons qu’une distribution proportionnelle de la prospérité mondiale est souhaitable et nécessaire et que nous ne voulons pas surcharger les capacités de la terre, nous devrions retourner au moins vers le chiffre de quatre milliards d’individus. Ce qui signifie non seulement une réduction de la population mondiale, mais aussi de l’empreinte écologique d’un habitant moyen des États-Unis et de l’Union européenne. Celle de l’Américain est actuellement plus de neuf fois plus élevée que celle d’un habitant moyen d’un pays du tiers monde4.

Pour la réduction de la croissance démographique mondiale, deux voies sont ouvertes : celle de la limitation volontaire des naissances ou celle, traditionnelle, des maladies (sida, malaria, tuberculose…), de la famine, des guerres et des génocides. La première réunit essentiellement les faveurs d’un point de vue éthique. Sa réalisation se heurte encore toujours à un front conservateur composé du Vatican, des pays islamiques, et des forces conservatrices aux États-Unis. Ce front a jusqu’à présent toujours empêché l'Organisation mondiale de la santé de planifier la régulation des naissances dans son programme. Même l'utilisation des préservatifs est considérée à cet égard comme éthiquement inadmissible. Durant la Journée mondiale de la femme du 8 mars 2004, la reconnaissance et la garantie du droit à l’autodétermination sexuelle des femmes dans le monde étaient mises en avant. Avec la reconnaissance de la liberté des femmes de décider elles-mêmes si elles veulent des enfants et combien, et avec qui elles veulent entretenir des relations sexuelles, une politique démographique adéquate a été mise en œuvre, comme l’a constaté Mme Agnes van Ardenne, ministre néerlandaise (CDA, chrétiens-démocrates) de la Collaboration au développement à la suite de cette Journée de la femme. Et c’est aussi une condition pour un développement économique sain. Mais cela se heurte aussi à l’opposition des blocs conservateurs précités5.

  1. Voir Beleid en Maatschappij, 1978, pp. 143-144.
  2. P.J. Gerbrands, Mijn land van veel en vol, 2003.
  3. Voir son interview intitulée « Vloeken in de linkse kerk » (« Des blasphèmes dans l’Église de la gauche »), Rotterdams Dagblad, 4 octobre 2003.
  4. Voir entre J.C.Noordwijk-Van Veen, « Rentmeester of roofridder ? » (« Régisseur ou brigand ? »), Bulletin Club of Rome, Ligue Erasmus, mars 2004.
  5. Voir l’interview avec la ministre van Ardenne in Algemeen Dagblad, 6 mars 2004, intitulée « Witte raaf in ontwikkelingsland » (« Un merle blanc dans un pays en voie de développement »).

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