Overpopulation Awareness is the website of Fondation Le Club des Dix Millions

Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
Slide background
mardi, 14 septembre 2010 16:31

La société multiculturelle, une fiction

La société multiculturelle est une contradictio in terminis. Généralement, on pense que les fusions de cultures mènent automatiquement à une synthèse. Ce n’est qu’un faux semblant, car le terme « multiculturel » est en fait une source de tensions et de conflits.

Une société multiethnique, au contraire, semble être possible, pourvu qu’il y ait une culture qui chapeaute le tout : unité culturelle avec diversité d’origine.

Partie I            Aperçu

1. Les intentions de la Fondation
La Fondation « De Club van Tien Miljoen » (Le Club des Dix Millions) se propose de conserver et d’améliorer la qualité de vie pour tous les habitants légaux des Pays-Bas. Elle est d’avis que la surpopulation toujours croissante est un problème mondial, et pour les Pays-Bas, elle est la plus grande menace qui pèse sur la qualité de vie de l’homme et sur la survie d’autres modes de vie. Comme premier pas, elle veut mettre en branle une large conscientisation sociale.

Notre pays est de plus en plus surpeuplé, et la liberté individuelle est de plus en plus réduite. C’est pourquoi le nombre de cas de criminalité et d’agression augmente aussi. Ceci cause des sentiments de danger et d’incertitude. L’intention principale de la Fondation est donc la réduction à terme de la population des Pays-Bas à un nombre raisonnable. Provisoirement, nous pensons à un chiffre de dix millions, c’est-à-dire le chiffre tel qu’il était vers 1950. À cette époque, les Pays-Bas étaient déjà considérés comme surpeuplés, et pas seulement au sens économique. À cette époque, les autorités ont mis sur pied une politique active d’émigration. Les idées du gouvernement de cette période sont les mêmes idées que nous avons actuellement.


Nous nous trouvons alors en bonne compagnie. La publication « Tal en Last »  (« Nombre et charge « ) (1972) et le rapport de la « Commission d’État Muntendam » (1977) sont bien connus ; les discours de l’ex-premier ministre Willem Drees, réunis dans « Geschriften en Gesprekken » (« Écrits et conversations ») (1976), du professeur Jan Pen, « Tegenspraak » (« Contradiction ») (1994), plus précisément son discours « On parle bien trop doucereusement de la tendance à nous reproduire » dans www.milieudefensie.nl en septembre 1997. Les publications de Pim Fortuyn et Pieter Lakeman, « Binnen zonder kloppen » (« Entrez sans frapper ») (1999) sont plus récentes. D’une date antérieure, le discours du trône en 1979, dont le paragraphe « Notre pays est plein, partiellement surpeuplé » a eu un effet saisissant.

2. L’immigration mise à l’ordre
Durant ses cinq premières années d’existence, la Fondation a mis l’accent dans ses bulletins sur des choses comme les moyens écologiques, le bien-être de l’homme et de l’animal, le nombre de naissances et le vieillissement.

À l’égard de l’immigration, elle a toujours montré des réserves, causées par le tabou social qui entoure ce phénomène. D’après ses principes cependant, la Fondation se voyait obligée de mettre explicitement l’accent sur l’immigration, étant donnée sa contribution importante à la pression démographique dans notre pays. Chaque pays a sa propre responsabilité envers son surplus de population et ne doit pas le répercuter sur d’autres pays. Momentanément, la population des Pays-Bas va toujours croissant. Le surplus de l’immigration ainsi que le surplus de naissances contribuent ainsi pour beaucoup à l’augmentation du nombre d’habitants. L’effet de l’immigration est en fait plus considérable que les chiffres le laissent croire, car dans le nombre de naissances sont calculés aussi les enfants des immigrés nés aux Pays-Bas. Entre-temps, le chiffre des naissances des Néerlandais autochtones a baissé au-dessous du « niveau de remplacement » de 2,1 enfants par femme (le chiffre officiel) ce qui pourrait amener, à terme, la diminution de la population. Mais cet effet favorable pourra être totalement effacé par l’afflux incessant de nouveaux immigrés et de leurs familles, en moyenne plus grandes que les familles néerlandaises.

Dans une première étape, nous avons inventorié la problématique. Les résultats ont été publiés dans notre brochure intitulée « Occupation complète, les Pays-Bas et l’immigration ». Dans cette brochure, il y a un aspect que nous voulons traiter ici plus amplement : les conséquences sociales pour la société néerlandaise et plus spécifiquement, la « société multiculturelle ».

3. Les conséquences sociales de l’immigration
Dans nos bulletins comme « Beginselverklaring, Beleidsvoorstellen » (« Déclaration de principe, propositions politiques ») ainsi que dans la brochure « Nederland en Immigratie » (« Les Pays-Bas et l’immigration »), la Fondation met l’accent principal sur l’inquiétude à propos de la qualité de vie. Il n’est pas seulement question de menace par l’immigration tout court comme contribution à la densité de la population, mais aussi par le risque de désunion grave de la société.

Il est prouvé toujours plus clairement que notre société ne peut assimiler adéquatement l’afflux en si peu de temps de tant de personnes avec des passés culturels tellement différents. Naturellement, il y était aussi question de plusieurs cultures avant la vague récente de l’immigration, mais il s’agissait presque toujours d’un passé commun qui était d’origine européenne, chrétienne. Malgré leur déménagement géographique, ces immigrés pouvaient trouver leur place dans leur groupement social. À cette époque, l’intégration avait lieu sur des terrains divers. Maintenant, il n’est guère question d’intégration, parce que les immigrés ne trouvent pas de groupement convenable dans la société néerlandaise. Du reste, il n’y a plus de groupements, et par conséquent, il se crée un « apartheid spontané » entre les autochtones et les divers groupes d’allochtones. Le signe le plus évident, qu’on peut constater partout dans ce pays, est le mot d’ordre de s’éviter réciproquement. Ceci se traduit entre autres par la création de « quartiers noirs » et d’« écoles noires ».

Les bonnes perspectives d’intégration seront de plus en plus réduites et les perspectives d’un apartheid dans notre société seront de plus en plus grandes si le nombre d’allochtones augmente et que l’afflux se poursuit. Ceci signifie une source permanente de tensions et de conflits, comme l’illustrent clairement les événements dans le monde (voyez ci-après dans cette brochure). Nous pouvons le formuler autrement aussi : une société multiculturelle, ou bien l’existence permanente de deux ou plusieurs cultures différentes séparées dans la même société, est une fiction et est une source de problèmes sociaux.

4. Les Pays-Bas comme société multiculturelle
Ainsi que beaucoup d’autres pays d’Europe occidentale, les Pays-Bas se sont développés en tant que société multiculturelle entre 1960 et 2000. Jusqu’à 1960, les personnes vivant aux Pays-Bas avaient en grande partie leurs origines dans une culture chrétienne de l’Europe occidentale, qui existait depuis des siècles. Après 1960, une immigration abondante est venue. Une grande partie de nos nouveaux concitoyens est originaire d’autres continents. Leur culture est basée sur d’autres religions non chrétiennes et sur d’autres habitudes de vie. Ce passé différent correspond à d’autres idées sur la vie, le travail, le mariage et le fonctionnement de l’administration. Pendant ces dernières décennies, leur immigration s’est déroulée sans vision ni assistance ; ses développements nous sont tombés dessus. Il n’y a jamais eu une bonne politique d’accompagnement, ce qui a causé une ségrégation durant laquelle, sur une longue période, de grands groupes de personnes ont été plongés dans une vie de dépendance et sans perspectives. La Fondation se soucie de ces groupes (voyez le tableau à la fin de ce bulletin) et du flux incessant de personnes de cultures inconnues. Dans ce bulletin nous voulons prouver qu’il y a eu des fautes. Nous voulons faire des suggestions pour réparer les fautes du passé et pour les éviter à l’avenir.

5. Situation alarmante
Il y a un tabou absolu sur le phénomène de l’immigration, élevé par des groupements inspirés idéologiquement, qui nous présentent la société multiculturelle comme un enrichissement et qui sont prêts à qualifier tout questionnement à ce propos avec des mots comme « racisme » et même « fascisme ». Ce tabou est bien en phase avec les termes « politiquement correct », qui domine les médias presque complètement et à qui la bureaucratie a prêté l’oreille. À la suite de cela, une discussion ouverte et une politique rationnelle sont bloquées déjà depuis un quart de siècle. Il est inquiétant de voir que même aujourd’hui, il n’y a aucun signe que cette paralysie va se terminer dans peu de temps. Tant que la prospérité économique actuelle et les rapports politiques restent raisonnablement bons, on pourra peut-être faire l’impasse sur bien des tensions. Mais on est en train – sans que cela soit nécessaire ou profitable – d’imposer des problèmes aux générations futures, aussi bien autochtones qu’allochtones. Elles ne nous en seront absolument pas reconnaissantes.

Un aspect très paradoxal est que la nouvelle ségrégation dans notre société s’est produite précisément au moment où les anciennes oppositions et inégalités dans la société autochtone disparaissaient très rapidement. Ceci grâce à l’introduction de la sécurité sociale, de la mobilité sociale toujours plus grande (l’accessibilité aux positions supérieures pour des personnes de tous les rangs et classes), l’émancipation des femmes, et grâce à la disparition de la structure des fondements et des oppositions religieuses qui existaient.

6. Prise de position de la fondation
La Fondation est d’avis que la situation telle qu’elle a été créée ainsi que les prévisions sont très alarmantes si la politique actuelle est continuée. Elle se voit obligée de participer à lever le blocage afin d’avoir une discussion ouverte. Elle conçoit très bien qu’elle devra affronter de fortes réticences et insinuations (puisque celui qui tire l’alarme ne reçoit que rarement une adhésion générale). Voilà pourquoi nous voulons poser clairement quelques points de départ :

  • les tensions interculturelles signalées résultent de caractéristiques universelles des sociétés humaines. Elles sont de tous les peuples et de tous les temps. Il est ici absolument hors de question de juger si une culture est meilleure ou pire que l’autre.
  • la migration est un vrai bienfait, mais il doit être question de migration réciproque. Et jusqu’ici, cela fait tout à fait défaut. Si, par exemple, les éleveurs de porcs néerlandais pouvaient s’établir au Surinam, cela serait peut-être favorable pour les deux pays.
  • la responsabilité de la désunion sociale qui nous menace est entièrement à mettre sur le compte de notre propre société néerlandaise, représentée par le gouvernement, à qui il manque de ressort envers des groupes idéologiques de pression. Il n’y a rien à reprocher aux immigrés, car ils profitent généralement de la possibilité qui leur est donnée. De ce que nous venons d’énoncer ci-dessus, il est clair que nous nous distançons de toute forme de racisme et de discrimination.
  • nous avons essayé autant que possible d’exprimer clairement notre message et ses considérations. Nous n’avons pas d’autre but que d’écrire ceci.

Partie II           La « multiculturalité » analysée en détail

Chaque société est plus ou moins multiculturelle. Des changements drastiques dans la démographie d’une société peuvent causer de grandes inquiétudes et une sorte d’apartheid continu. Dans cette partie, nous allons examiner plus en détail les aspects des différents groupes culturels qui vivent l’un à côté de l’autre dans notre société. Tout cela va être placé dans un cadre historique et international : qu’est-ce que nous pouvons apprendre des situations qui se présentent ailleurs dans le monde, ou qui se sont produites dans le cours de l’histoire ? Il en ressortira que les développements qui se produisent aux Pays-Bas et que nous pouvons attendre, se déroulent selon un modèle où des idées d’humanité sont supplantées des idées utopiques.

7. Gradations de l’hospitalité dans l’immigration
L’accueil des immigrés dans un pays hôte connaît pas mal de degrés divers entre « hospitalité » et « aversion ». Quelquefois, il est question d’une bienvenue « cordiale ». Pensons par exemple aux huguenots de la France du XVIIe siècle. Ils ont cherché et trouvé un peu de leur propre identité aux Pays-Bas. Pensons aussi aux Européens (dont environ un demi-million de Néerlandais) qui ont émigré au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande quand les Pays-Bas, avec dix millions d’habitants, ont été saturés. Dans la plupart des cas, il était question d’immigration de personnes avec plus ou moins la même culture que dans le pays d’accueil.

Quelquefois, il est question de recrutement. Ainsi, des ouvriers espagnols, italiens, turcs et marocains ont été recrutés pour venir travailler aux Pays-Bas. Dans le cas des esclaves, de l’Afrique au continent américain, il s’agissait de contrainte, de même que pour la déportation des indiens d’Amérique du Nord vers les réserves.

Nous connaissons aussi les confrontations violentes entre autochtones et immigrés, par exemple la lutte entre les juifs et les Palestiniens en Israël ; la lutte entre les Américains blancs et les indiens ; la lutte des Anglais contre les aborigènes et les Maoris en Australie et en Nouvelle-Zélande. Ces deux derniers groupes, ainsi que les indiens, ont presque perdu leurs propres cultures et furent même presque exterminés.

Dans la République des Pays-Bas du XVIIe siècle, l’immigration se passa aisément et a joué – du point de vue social – un rôle positif. Au sens relatif, le nombre d’immigrés était alors élevé, mais si on le compare avec les chiffres actuels, il est faible. Les nouveaux venus, pour la plupart des personnes lettrées, étaient bien acceptés. C’est pour cela qu’ils se sont facilement adaptés. Comme il n’y avait seulement que deux millions d’habitants, il y avait bien assez de place ici. Mais tout qui venait ici, était bien obligé de gagner sa vie, puisqu’il n’existait pas encore de système d’aide publique. Il était donc uniquement question d’adaptation ou d’échec. La situation changea quand, après 1970, des masses croissantes d’immigrés arrivèrent, qui manquaient de perspectives économiques et sociales. L’immigration, aux Pays-Bas, est alors devenue un sujet de discussion et de tension.

8. Diversité dans la société
Dans une société donnée, des catégories démographiques peuvent se distinguer de diverses manières. Voici quelques exemples :

  • selon la religion. Hindous et musulmans en Inde. Musulmans et chrétiens en Égypte, Liban, Ambon. Protestants et catholiques en Irlande du Nord.
  • selon la position sociale. L’exemple extrême est le système des castes en Inde. Des situations moins extrêmes existent dans presque chaque société.
  • selon la race. Blancs et noirs aux États-Unis et en Afrique du Sud. Hindous et créoles au Surinam.
  • selon l’origine ethnique. Une idée collective assez vague où l’accent peut être mis sur une langue commune, une parenté, une race ou une religion. Souvent, il est question d’une combinaison de ces caractéristiques. Turcs et Grecs à Chypre. Plusieurs tribus dans la plupart des pays africains (par exemple Hutus et Tutsis au Rwanda, ainsi qu’au Burundi), Cinghalais et Tamouls au Sri Lanka, Basques en Espagne, Flamands et Wallons en Belgique.
     

Généralement les différentes formes citées correspondent aux différences culturelles.

9. Ségrégation dans les quartiers
C’est un phénomène universel humain que de se regrouper en groupes ayant une identité collective, où les membres trouvent une certaine sécurité. Mais lorsqu’il est question de plus grandes différences culturelles entre les groupements dans une seule société, la coexistence dans les quartiers multiculturels est souvent difficile. Les tensions sont plus fortes du fait que les divers groupes se distinguent plus clairement l’un de l’autre. Ceci se conclut dans la plupart des cas par une conduite d’évitement, afin d’éviter les conflits (Rapport du Sociaal Cultureel Planbureau [Bureau de Projets socioculturels] 1998, p. 260).

Les centres industriels ont surtout attiré des ouvriers temporaires, appelés plus tard ouvriers de l’étranger, et des immigrés. Ensuite, les autochtones partent, et il se crée un quartier d’étrangers et de minorités. Ces concentrations attirent à leur tour une nouvelle génération de nouveaux arrivants, de sorte que les autochtones partent encore plus rapidement.

Les vieux préjugés sur la criminalité, les nuisances sonores, etc., dans les quartiers défavorisés se font sentir encore plus fortement. Même si la situation économique ne s’aggrave pas, le chômage reste important dans ces quartiers si l’immigration se poursuit. Ci-dessous quelques exemples de ségrégation dans quelques quartiers :

  • les ghettos juifs dans de nombreuses villes en Europe de l’Est avant la Deuxième Guerre mondiale ;
  • le quartier « Chinatown » à San Francisco (États-Unis) et le quartier noir de Harlem à New York ;
  • des quartiers avec de fortes concentrations d’immigrés des Antilles dans le Bijlmer (Amsterdam) ;
  • un quartier à Berlin est nommé en 1999 « Istanbul am Spree ».

Dans ce dernier quartier, un microcosme turc s’est développé, avec une société de plusieurs centaines de milliers de personnes qui est financièrement presque indépendante, avec leurs propres magasins et toutes autres sortes d’activités. On n’écoute que la radio et la télé turques. Du fait de leur concentration dans le groupe, la troisième génération de Turcs s’exprime plus difficilement en allemand que la deuxième. Mais l’école ne se fait qu’en allemand. De telles situations menacent les Pays-Bas aussi. Quelque chose de ce genre est en train de naître dans le quartier Delfshaven à Rotterdam (voyez le quotidien De Volkskrant du 22 janvier 2000, p. 6). La politique culturelle maladroite du gouvernement néerlandais, notamment l’introduction de l’enseignement non néerlandais, y a fait que l’immigration turque aux Pays-Bas est la pire de toutes les sociétés turques en Europe occidentale.

À cause de la même conduite d’évitement, comme nous le voyons dans les quartiers-dortoirs, on voit naître dans ces villes des « écoles noires » fréquentées surtout par des élèves allochtones. C’est une preuve d’une sérieuse mise à l’écart. Dès que le nombre d’élèves et de professeurs allochtones se monte à un pourcentage important, les élèves autochtones éviteront cette école, et bien vite la population d’élèves de l’école est tout à fait allochtone. 6 % des écoles primaires néerlandaises ont la moitié d’élèves allochtones. Dans les grandes villes, 41 % des écoles sont même fréquentées par au moins 60 % d’enfants allochtones (Rapport du CBS [Bureau Central des Statistiques], 1997, p. 252).

10.  Le nouvel apartheid
On peut se demander si les minorités veulent vraiment s’intégrer. Comme prévu, on voit apparaître toujours plus une forme d’apartheid dans notre société. Le mécanisme de l’apparition des écoles noires et des quartiers noirs a déjà été mentionné. Deux passages d’un rapport du Sociaal en Cultureel Planbureau de 1998 sont significatifs :

  • page 244 : « Si des minorités forment presque un tiers de la population d’une ville et sont en train d’y être la majorité, il n’est plus question de déconcentration ou d’intégration. Il faut craindre l’apparition de ghettos. En 1997, on a observé dans certains quartiers les pourcentages suivants : à Amsterdam 32 %, à Rotterdam 31 %, à La Haye 27 %, à Utrecht 21 % ».
  • page 271 : « Au lieu d’une intégration réussie, nous constatons qu’il est question d’une société en lente désagrégation avec des minorités qui se développent séparément et des situations scandaleuses dans les centres des demandeurs d’asile. Le marché de l’emploi aux Pays-Bas ne pourra continuer à absorber les immigrés qui viennent que dans une situation de haute conjoncture et tant que nous voulons considérer l’économie de croissance comme sacrée. Mais il est certain que dans une période de basse conjoncture, la frustration sociale ne contribuera pas à l’intégration des nouveaux arrivants. L’immigration et les économies d’échelle de l’élément allochtone dans la société néerlandaise créeront irréversiblement l’isolement culturel des allochtones dans la partie inférieure de la société hiérarchisée. Ceci est plus ou moins déjà le cas dans les grandes villes ».
     

Le nouvel apartheid se manifeste aussi par un chômage considérable et une culture de la pauvreté dans les quartiers d’immigrés. Ensuite, ces derniers phénomènes accélèrent le chemin de la criminalité. Malgré les grands efforts de l’enseignement et le marché de l’emploi qui visent l’intégration des minorités, le résultat en reste minimal à cause de l’afflux continu de nouveaux immigrés. En langage populaire : « c’est un emplâtre sur une jambe de bois ». Il y a, semble-t-il, une course entre l’immigration et l’intégration. La chance d’une intégration favorable diminue toujours, tandis que l’immigration augmente et la population s’accroît. Voilà ce que nous ne voulons pas. Mais nous ne sommes pas les seuls, comme le prouvent des articles et des livres du passé et de nos jours (voyez la liste des ouvrages consultés).

Le publiciste Paul Scheffer a analysé et décrit l’échec de l’intégration dans son article « Het multiculturele drama » (« Le drame multiculturel »), paru dans le journal NRC-Handelsblad du 29 janvier 2000. Cet article a fait couler tant d’encre qu’il fit l’objet d’un débat à la Chambre des Députés des Pays-Bas. Mais ce débat n’a pas donné l’impulsion à un changement réel de la politique envers les étrangers.

La société peut se comparer à un écosystème. Si le bilan existant est dérangé, une situation explosive peut en résulter. Il est alors question d’un mélange inflammable socialement.

11. Changement de l’attitude de la majorité
Dans l’histoire – et même encore maintenant – les Néerlandais ont été un peuple hospitalier et tolérant envers les immigrés. Il y a pas mal d’exemples, comme les huguenots qui ont fui la répression en France, les centaines de milliers de Belges qui ont fui les violences dans leur patrie pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que les grands nombres de Hongrois, de Chiliens et d’autres réfugiés qui se voyaient obligés de quitter leur pays dans les dernières décennies. Les premiers groupes d’ouvriers étrangers après la Deuxième Guerre mondiale ont eux aussi été les bienvenus. Après une certaine période, ils sont repartis ou se sont intégrés dans notre pays.

Il est à regretter cependant que nous voyions que de nos jours un groupe grandissant de Néerlandais a une image négative de l’immigration et des immigrés. Les démonstrations de cette conduite varient entre l’évitement (nous l’avons déjà mentionné), pour ceux qui ne veulent pas s’en occuper, d’une part, des attitudes négatives comme la discrimination et l’agression, d’autre part. Les raisons en sont d’abord le grand nombre d’immigrés et les motifs assez douteux dont ils se servent pour venir aux Pays-Bas. Il est normal que l’on se demande où est le sens de tout cela et quand cela va finir. Plus émotionnellement, on a tendance à associer de manière partiale toutes sortes de problèmes, comme la criminalité et l’appropriation excessive des fonds sociaux, à certains groupes d’immigrés. Ci-dessous, un aperçu de quelques facteurs qui ravivent ces sentiments :

  • le très grand nombre d’immigrés forme une barrière pour une intégration réussie.
  • les motifs douteux du gouvernement pour faire venir beaucoup d’immigrés. Les autorités reconnaissent ouvertement que souvent, les nouveaux venus expriment des motifs illégitimes pour obtenir un permis de séjour et il n’entreprend rien envers cela.
  • le défaut d’un intérêt néerlandais à la venue des immigrés. Selon le publiciste Pieter Lakeman, ceci nous coûte chaque année environ six milliards d’euros.
  • les immigrés viennent dans un pays dont le surpeuplement est un problème bien reconnu depuis des années, mais qui est démenti officiellement ; leur venue repousse la fin de la croissance démographique toujours plus loin dans le futur et enlève toute motivation aux Néerlandais qui font le planning familial. À cet égard surtout, la première génération d’immigrés a montré certaines formes de conduite atypiques et indésirables comme un nombre trop élevé d’enfants. Heureusement, dans les familles des deuxième et troisième générations, le nombre d’enfants baisse à un niveau habituel aux Pays-Bas. Mais que peut-on faire s’il vient toujours une nouvelle « première génération » ?
  • les nouveaux immigrés qui sont souvent allocataires, profitent plus que la moyenne du grand nombre d’équipements collectifs. Dans le même temps, il y a toujours plus de restrictions pour les Néerlandais défavorisés. Les immigrés sont souvent les premiers à réclamer, alors qu’ils ne connaissent pas un système d’aide dans leur pays d’origine.
  • l’attitude du gouvernement aussi ne contribue pas à remédier à tout cela. Dans un pays surpeuplé, des groupes d’immigrés ne pourraient être admis qu’à la condition de l’accord d’une grande majorité de la population. Et les autorités doivent expliquer clairement que la venue de nouveaux  Néerlandais signifie un sacrifice (financier et comme pression démographique) pour tous les habitants déjà présents dans ce pays. La décision de l’acceptation de la venue de nouveaux immigrés qui, jusqu’à présent, est une affaire exclusive de fonctionnaires et de groupes de pression, est tenue par conséquent hors du débat public. Les habitants de ce pays s’aperçoivent que leur opinion n’est pas demandée. Ils se demandent quel en est le but et où ça va se terminer.
  • de grands nombres de reportages sur la criminalité, l’extrémisme politique et sur les abus dans l’octroi des allocations montrent la pratique et renforcent l’image négative. Et si les informations n’étaient plus publiées intentionnellement (censurées), l’image serait du reste encore plus négative.
  • l’attitude de rejet envers les mœurs et coutumes néerlandais, le peu d’enthousiasme pour maîtriser la langue néerlandaise et le repli dans son propre groupe ethnique donnent une mauvaise impression aux autochtones.
  • quand les circonstances économiques deviennent plus dures (par exemple, une recrudescence du chômage ou un manque de matières premières) les réactions d’évitement réciproques du mélange inflammable nommé « société », seront plus aiguës.

Si, à côté de cela, une grande minorité se profile de manière formelle, avec son propre système de mœurs et de coutumes, et même ses propres lois, on considère cela comme injuste et même comme une menace de sa propre vie privée. Il est vrai que dans la plupart des cas, une telle culture propre d’un nouveau groupe ne prend pas racine dans un nouveau pays, mais il y a pas mal d’exemples de situations alarmantes qui peuvent se présenter, comme au Kosovo, avec sa religion orthodoxe, où en 1910, seulement 7 % de la population étaient islamiques, un chiffre qui en 1960 s’était monté à 60 % ! L’ancienne majorité chrétienne est devenue une minorité dans son propre pays et se sentait toujours plus acculée avec toutes les suites horribles qui ont découlé de cette situation.

Malheureusement, il ne faudrait pas que la mentalité d’hospitalité et de tolérance des Néerlandais qui, au fond est naturelle, se transforme en sentiments d’évitement et de xénophobie du fait d’une politique d’immigration aberrante. Pour un gouvernement sage, il est d’une grande importance de ne pas en arriver là, sinon nous aurons à faire avec des personnes ayant une mentalité radicale, comme nous le voyons déjà dans beaucoup de nations autour de notre pays.

12. Causes profondes de conduite difficile
Les gens sont toujours en recherche de sécurité et d’homogénéité dans le groupe propre. Il y a des personnes qui démentent cette conduite humaine et qui la sacrifient pour d’autres principes. L’historien Jan Romein a déjà formulé que l’Occidental s’est éloigné du « principe généralement humain ». Il y a aussi des personnes qui sont d’avis que l’homme est une tabula rasa, qui est libre depuis sa naissance, malléable et façonnable, insérable dans chaque type de société.
Nous nous posons des questions et nous regardons ces opinions comme creuser un champ de mines idéologiques.

Dans une conférence sur la problématique raciale en 1955, le professeur surinamien R. van Lier (professeur de sociologie des peuples non occidentaux à l’université de Wageningen) a très bien expliqué ce modèle de conduite typiquement humaine. Il a dit que les habitants des Pays-Bas ont, à juste titre, désavoué l’Afrique du Sud et les États-Unis. Selon le professeur Van Lier, les Néerlandais ne pratiquaient pas la discrimination parce que les « étrangers » étaient peu nombreux ici. Il ne s’agissait que des « personnes indiennes » rapatriées, des étudiants et quelques marins. Il supposa que si beaucoup de personnes avec des habitudes étrangères pour nous et une autre apparence venaient vivre dans nos quartiers, les Néerlandais eux aussi allaient – plus ou moins instinctivement – développer une attitude défensive.

Cette réaction est fondée sur le caractère humain enraciné et se manifeste plus fortement pendant des périodes « difficiles », comme le chômage.

M. Van Lier, lui-même originaire du Suriname, savait très bien de quoi il parlait, car il avait fait des études dans les groupes divers de la société surinamienne avec des relations mutuelles difficiles. Sa vision se réalise. Il est maintenant question d’un problème avec les immigrés, surtout dans les grandes villes. On parle aussi du drame multiculturel. Hélas, il y a maintenant une résistance croissante envers les étrangers, surtout dans les quartiers des grandes villes. Autrefois, cette résistance n’existait pas ici.

13. L’attachement à l’identité culturelle propre
Dans un sens général, la culture d’une société peut être vue comme l’ensemble des accords coutumiers et tacites, des normes, des valeurs, des règles et des coutumes. Les caractères spéciaux y sont, entre autres, la langue, la religion, le gouvernement, le pouvoir politique, des idées correspondantes sur le rôle de la femme, le mariage et le rôle de la sexualité. Ce sont des facteurs fixes qui se sont développés au cours d’une longue histoire. Ils font que les relations réciproques entre les membres d’une société se déroulent avec un minimum de tensions et d’incertitudes.

Chaque culture est également précieuse comme fonction unissante dans sa société. Dans une société existante, les différences socioculturelles ne sont, au fond, pas étrangères entre les groupes. Les problèmes entre les cultes chrétiens, la lutte linguistique en Belgique et l’émancipation de la femme sont souvent beaucoup moins profonds que les conflits où une société existante est menacée de l’extérieur par la guerre, la conquête ou l’immigration de masse involontaire. Étant donné cet arrière-plan, la coexistence permanente de deux cultures fondamentalement différentes dans une seule société n’est pas possible : en fait, il n’est plus question d’une seule société. Vu cet arrière-plan, il est peut-être aussi possible de donner l’explication de la thèse du publiciste Raymond van de Bogaard dans le quotidien NRC-Handelsblad du 12 mars 2001, qui plaide la formation d’États ethniquement homogènes dans l’ancienne Yougoslavie.

La mesure des différences culturelles est importante. Il y a des différences culturelles relativement mineures dans chaque société, par exemple l’âge, la profession, l’état social. Il est bien question de sous-cultures ; elles s’accompagnent de la formation de sous-groupes assez séparés. Il n’y a pas de problèmes pour la stabilité de la société si ces sous-cultures sont recouvertes par une culture collective (ici, néerlandaise) avec des éléments communs comme la langue, les mœurs et les coutumes, l’ordre judiciaire.

Les problèmes ne viennent qu’avec de grandes différences culturelles, comme celles qui se manifestent du fait de l’afflux d’un grand nombre d’immigrés aux Pays-Bas. Les cultures allochtones diffèrent trop pour s’insérer dans la culture néerlandaise qui les chapeaute. Les problèmes commencent avec des conflits latents sur les mœurs et les coutumes. La peur de la perte de sa propre identité y joue un rôle important. De tels tensions et conflits se produiront surtout dans des périodes de circonstances économiques difficiles et d’instabilité politique. L’histoire mondiale et les informations des quotidiens dans le monde d’aujourd’hui nous donnent un grand nombre de telles illustrations. Mais jamais on n’a consulté les Néerlandais, ni par référendum, ni par des élections, sur le fait de vouloir une société multiculturelle.

14. L’identité culturelle propre de l’islam
Dans ce cadre-ci, il faut aussi relever le rôle de l’islam. L’islam a notamment été durant des siècles pour le monde chrétien de l’Europe méridionale le grand ennemi historique, avec une longue série de conflits et beaucoup de marques de crainte réciproque et d’intolérance. Durant les derniers siècles d’expansion coloniale de l’Europe et de progrès technique, l’Europe n’avait pas beaucoup à craindre du monde islamique, qui était considéré comme un facteur peu important. Cette situation a fortement changé pendant les cinquante dernières années. De nombreuses raisons doivent être mentionnées. Grâce aux grandes réserves de pétrole brut et d’autres matières premières, les pays musulmans – qui se manifestent souvent très solidaires envers d’autres pays – sont devenus un pouvoir économique de grande importance. En même temps, l’islam montre une importante progression mondiale due à un zèle religieux missionnaire et de hauts taux de natalité.

La conscience du grand nombre d’habitants et du pouvoir économique dans beaucoup de pays islamiques a créé un esprit revanchard à l’égard des anciens colonisateurs et profiteurs de l’Occident. Des sentiments de revanche, de victoire, de domination et de supériorité sont nourris par l’islam même : Mahomet est le dernier prophète ; le Coran, révélé littéralement et intégralement par Dieu même, n’est d’aucune manière dissocié comme document culturel et historique d’avec son époque ; la prédication de l’islam, au besoin avec violence, est dogme de foi.
L’idéologie islamique est en beaucoup de points en contradiction flagrante avec nos acquis occidentaux. Pensons par exemple à la séparation entre l’Église et l’État, à la démocratie parlementaire, à l’indépendance de la justice, à la liberté d’opinion, à l’égalité entre l’homme et la femme, à la libre initiative privée, à l’acceptation légale de l’homosexualité, à l’avortement... Dans un très grand nombre de pays islamiques, ces acquis manquent souvent formellement ou de facto (voyez Pim Fortuyn, De derde revolutie  (La troisième révolution), 1999, pp. 152-165).

Tout cela ne s’applique pas à tout le monde islamique. L’islam lui aussi connaît des courants orthodoxes et libéraux, avec des responsabilités personnelles. Les fidèles vivent dans le respect pour le prochain, même si celui-ci a une autre religion ou un autre mode de vie. Si de tels courants dans un certain pays correspondent aux idées de l’islam, une bonne coopération entre les musulmans et les autres religions est possible. Mais ce sont justement les convictions religieuses et les visions fondamentalistes qui sont propagées par beaucoup d’autorités spirituelles et politiques islamiques . De cette façon, ils manipulent les masses dans les pays islamiques et ceux plus lointains, même aux Pays-Bas.

Aux Pays-Bas, pratiquement la moitié des immigrés extérieurs à l’Union européenne sont d’origine islamique, et c’est en même temps le plus grand sous-groupe qui est en état de mettre son individualité culturelle et religieuse en jeu en cas de problèmes, s’il y a de fortes concentrations de musulmans salariés modestes, en chômage et illégaux. À cela s’ajoute que les immigrés musulmans, à l’origine peu éduqués et sous-développés, ont des liens proches avec leurs leaders très orthodoxes. Beaucoup d’imams viennent directement de la Turquie et du Maroc et ne parlent pas le néerlandais. En résumé, l’islam pourrait facilement devenir une base de mobilisation pour des agitateurs (Rapport socioculturel du Sociaal en Cultureel Planbureau, 1988, p. 272).

Il est prouvé que cette agitation ne peut être vue comme hypothétique, étant donné l’affaire « Téhéran-sur-Meuse » (décembre 2000), où, à Rotterdam, une pièce de théâtre fut annulée après des menaces faites par le Maroc parce que le contenu serait vexatoire pour l’islam. À la suite de cela, Mme Fatima Elatik, socio-démocrate, immigrée et ex-membre de la Chambre des Députés néerlandaise, et maintenant membre du conseil municipal d’Amsterdam, déclara que la liberté d’opinion a ses limites. En plus, on a vu récemment que le conflit palestino-israélien entraîna des musulmans aux Pays-Bas à passer leur colère sur des propriétés juives.

Chaque religion connaît sa phase fondamentaliste, mais ici en Europe on n’a pas besoin d’un fondamentalisme islamique nouvellement importé. Nous sommes heureux d’être enfin libérés des anathèmes, bûchers et guerres religieuses qui ont joué un rôle tellement important dans les Églises de l’Occident libre. Aucun chrétien n’y reviendrait de gaieté de cœur. L’atmosphère de tabou qui entoure cependant ce sujet fait que nos bureaucraties ne crient pas suffisamment à l’injustice devant ces formes de fondamentalisme islamique. Il n’y a du reste une indignation sélective que dans l’Union européenne, lorsque le Vatican est accusé d’avoir une politique « fondamentaliste » à cause de son interdiction des moyens contraceptifs et du combat contre le sida, tandis que l'islam dans ses formes fondamentalistes n’a guère de restrictions politiques en Europe.

15. Exemple de l’intégration européenne
En Europe même, il est question d’un retour croissant vers l’identité culturelle propre. L’Europe de 2000 diffère de l’Europe de 1900. Grâce au tourisme, il y a en effet plus de largeur d’esprit et de contacts réciproques entre les divers peuples, mais la coopération politique – qui manque son élan des premiers pas – y est entre-temps devenue un idéal trop asservi par la bureaucratie. Ce ne sont que le pragmatisme et la position de concurrence avec les États-Unis qui comptent : tout ce qui fait du bien à l’économie est manifestement bon pour le citoyen européen aussi. Le souhait des États de l’Europe orientale de participer à l’Union européenne semble être inspiré par des désirs purement économiques et des motifs stratégiques et plus par des désirs d’intégration culturelle et politique, ainsi que de paix permanente.

Maintenant que les frontières internes disparaissent en Europe et que le nivellement se produit sur tous les terrains, il apparaît que le citoyen va se rapprocher toujours plus de son identité régionale et culturelle propre. Entre les murs de l’Union européenne multiculturelle, où une rencontre sportive ou un petit conflit politique entre les États membres suffit pour provoquer des sentiments négatifs réciproques, le processus politique d’intégration tombe à plat. Des décisions au sommet passent par l’avis des électeurs. Entre-temps, se développe imperceptiblement un tourbillon de petites liaisons régionales où l’identification et l’identité propre dans la région d’origine ont des rapports tendus avec le bastion bureaucratique de l’Union européenne. Même les outils d’une Union européenne économiquement forte ne semblent pas en état d’arrêter voies du séparatisme. Quelques exemples :

  • les Slovaques se sont détachés récemment des Tchèques ;
  • l’Écosse et le pays de Galles cherchent à une position plus indépendante vis-à-vis de l’Angleterre ;
  • les Flamands et les Wallons en Belgique se séparent toujours plus ;
  • les Catalans et les Basques sentent les rênes du gouvernement dans leur tête ;
  • la Yougoslavie n’existe plus guère depuis que les Croates, les Slovènes et les Macédoniens ont choisi l’indépendance et qu’ils sont libérés d’un carcan politique et culturel ;
  • en Corse, en Bretagne, en Normandie et dans le Pays basque, les séparatistes sont en activité ;
  • en Italie, la division en Nord et Sud est un thème politique depuis longtemps ;
  • la Fédération russe a été dispersée en des dizaines d’unités qui existaient déjà depuis très longtemps. Il est possible que ce processus continue et ceci pourra mener à l’effondrement total de la Russie actuelle (Tchétchénie).

Tous ces gens sont à la recherche d’une manière d’avoir leur identité culturelle, politique ou religieuse propre, et sont de temps en temps disposés à  payer un haut prix pour obtenir leur idéal. Dans cet aspect, les Européens ne diffèrent pas des immigrés de l’extérieur qui cherchent aussi la sécurité économique dans l’Union européenne et pour qui l’identité propre, la reconnaissance et l’attachement au sous-groupe propre sont des arguments de grand poids.

Partie  III         Obstacles pour une politique rationnelle

16. Atmosphère de tabou et paralysie politique
Aux Pays-Bas, une atmosphère de tabou autour de l’immigration et de l’ampleur démographique qui, depuis un quart de siècle, paralyse une discussion ouverte et des actions politiques s’est développée. Dans les années 1970, quand il se produisit un grand flux d’immigration (la venue des Surinamiens, la réunion familiale des ouvriers turcs et marocains) des objections furent bientôt stigmatisées comme étant du « racisme », et même du « fascisme ». Le gouvernement néerlandais a longtemps avoué que les Pays-Bas ne sont pas un pays d’immigration. Étant paralysé par le tabou créé, il n’a rien entrepris contre l’afflux constant d’immigrés ; il laissait faire. Quand enfin un grand nombre d’allochtones se fut établi, on proclama la « société multiculturelle », inspirée idéologiquement et présentée comme un « enrichissement ». M. Van Boxtel, ministre des Affaires politiques concernant la grande agglomération et l’intégration, a été le premier qui ait nommé expressis verbis les Pays-Bas terre d’immigration et cela dans son mémorandum « Kansen krijgen, kansen pakken : integratiebeleid 1999-2002 » (« Recevoir des chances, saisir les chances : politique d’intégration 1999-2002 ») : « il est évident que les Pays-Bas sont devenus un pays d’immigration et qu’il faut s’adapter à une pression toujours plus grande sur la politique d’immigration ». Le mémorandum est daté du 30 novembre 1998. Comme Fondation, nous considérons ce mémorandum comme reconnaissance ultime d’incapacité.

Le Parlement et les médias en ont pris connaissance avec consentement, ou bien résignation indolente. Jusqu’à présent il n’y a pas de signes qu’on a l’intention de changer de position. Pendant le débat parlementaire déjà mentionné du « drame multiculturel »,  on a fortement contourné la cause, l’afflux continu de l’immigration.

17. Causes idéologiques profondes
L’atmosphère de tabou, généralement exprimée comme « politiquement correcte », a été créée et est maintenue par des groupes de pression inspirés idéologiquement, qui dominent fortement les médias. Le professeur à la retraite S.W. Couwenberg, qui était professeur de droit public et rédacteur en chef de la revue Civis Mundi, mensuel pour les Pays-Bas et la Belgique, donne une caractérisation frappante dans un article, paru dans le quotidien Trouw du 14 octobre 2000, dont nous extrayons quelques extraits :

  • ...« C’est surtout à gauche qu’on aime faire la leçon, en plus d’introduire et de cultiver de nouveaux tabous, maintenant de gauche, et qu’on s’oppose comme (police d’opinion) contre celui qui ose mettre ces tabous en question...
  • ... Un nouvel accent libertaire de gauche. Ceci se présente, d’une part, comme une tolérance extrême : une mentalité où tout doit être possible... D’autre part, il se développe une nouvelle intolérance libertaire de gauche. La nouvelle tolérance obtint déjà très vite le statut d’une valeur inviolable qui ne pouvait accepter d’autres valeurs à ses côtés.
  • ... Tout ce qui dévie de la nouvelle orthodoxie libertaire de gauche fut condamné comme déviation fâcheuse de droite et fut déclaré tabou. Le débat public a été bridé depuis des années...
  • ... Des opinions déviantes sur la politique de l’immigration et des minorités furent pourvues de l’étiquette bâillonnante de « racisme ». Les Pays-Bas furent forcés d’accepter l’intolérance des idées de « politiquement correct » dans laquelle la défense de l‘identité culturelle propre fut aussi munie de tabous et condamnée comme « racisme culturel »...
  • … En revanche, j’ai défendu la thèse que dans notre société nous pouvons distinguer un nombre de sous-cultures... Mais celles-ci sont couvertes par une culture générale néerlandaise qui est marquée par une langue commune, ainsi qu’un ... complexe de mœurs et de coutumes qui forment la base de notre culture politique et de notre ordre judiciaire.... En principe, nous pouvons fixer la culture néerlandaise comme la norme pour les immigrés qui s’établissent ici pour longtemps ». Jusque maintenant, professeur Couwenberg.
     

La majorité autochtone d’un pays n’a besoin de se manifester comme majorité culturelle que quand elle doit défendre sa propre identité. C’est pourquoi, dans une société avec diverses cultures, la majorité et la minorité lutteront toujours pour défendre leur identité. Dans l’atmosphère de tabou actuelle, il n’est pas possible de transformer la société multiculturelle existante en une société monoculturelle, malgré que les éléments jouent un rôle important dans « l’idéologie politiquement correcte » de nos jours :

  • la conviction que nous autres, Néerlandais, sommes obligés de donner asile à tous les nécessiteux du tiers monde qui se présentent ici et de les accueillir dans notre société. À la Fondation, nous sommes d’avis que rien n’empêche d’aider d’autres personnes, mais il faut aussi prendre la société néerlandaise en considération. Il faut qu’on puisse faire un choix entre charité envers l’étranger et responsabilité envers le propre citoyen. Il ne peut être question d’un devoir automatique sans analyse profonde.
  • la honte de notre histoire coloniale, le commerce des esclaves et la Deuxième Guerre mondiale. À la Fondation nous sommes d’avis que ces événements ont une telle importance sur notre sentiment de culpabilité qu’une politique d’action rationnelle en est gênée.
  • les aspects multiculturels sont regardés comme un enrichissement à atteindre. À la Fondation, nous sommes d’avis que l’on n’écoute pas suffisamment les arguments mentionnés dans cette brochure.
  • les Néerlandais sont riches de nos jours, et ils pensent qu’ils sont invulnérables. À la Fondation, nous sommes d’avis qu’au contraire, les Pays-Bas sont tout à fait dépendants d’un afflux continu de biens (aliments et matières premières) provenant d’autres parties du monde et il faut se rendre compte que la croissance connaît des frontières.
  • la négation des dispositions à certains modèles de conduite chez des individus et des sociétés humaines, c’est-à-dire les tensions signalées entre des groupes de la population. À la Fondation, nous sommes d’avis que l’homme ainsi que la société ne peuvent être vus comme « façonnables ». Des opinions qui ne correspondent pas aux idées que l’homme est façonnable ne doivent plus être qualifiées ou disqualifiées comme étant du « darwinisme social », « raciste », « fasciste » et « d’extrême droite ». On pourrait les comparer avec la condamnation de Galilée, parce que son fonctionnement serait contraire à notre idée d’un monde idéal.

Partie  IV         Sommaire

18. Recommandations concrètes
Nous sommes d’avis que la société de notre pays doit être fondée sur le respect réciproque et la solidarité. Notre pays ne devra pas se développer vers une société extrêmement partagée. Les différences culturelles extérieures et la complexité ethnique sont positives en soi et peuvent même avoir un effet stimulant. Mais sur les mœurs et les coutumes plus profonds, fondement de nos lois et de nos conduites, il doit y avoir de la solidarité. Il dépendra des circonstances et de la politique futures d’avoir une conduite d’évitement réciproque et une ségrégation à grande échelle.
Cela se produira sans aucun doute si la politique ne change pas, et à plus forte raison si le volume de l’emploi diminue ou dans le cas d’un afflux important de nouveaux immigrés. « Provisoirement, les autorités néerlandaises – en répondant habilement à la peur du peuple néerlandais d’un chômage toujours plus grand – liquident la culture ainsi que la protection de l’environnement et de la nature » (prof. dr. V. Westhoff, Visies op natuurbeheer (Visions sur la gestion des paysages naturels), Wageningen, 1984).

Il faut faire de grands efforts pour l’intégration des étrangers qui vivent aux Pays-Bas. Une langue commune y est un facteur important. L’éducation néerlandaise et le marché du travail ont une grande tâche à accomplir. Mais l’administration devrait se servir aussi d’abord de la langue néerlandaise dans les relations quotidiennes à l’écrit. On devrait éviter l’usage du turc et de l’arabe à l’école et dans les dépliants.

Les réfugiés forment une source d’accroissement démographique incessant. Du fait des développements mondiaux et de l’attitude défensive des autres pays européens, l’afflux des immigrés aux Pays-Bas s’est toujours intensifié ces dernières années. Il n’est plus possible de faire intégrer un tel nombre de personnes. Il est de la mentalité néerlandaise d’aider des personnes en danger, mais l’abus des règles doit être décrit comme un scandale, sinon la disponibilité à aider va diminuer.
On peut penser à l’inscription centrale aux ambassades, et à l’asile hors de l’U.E. ; une meilleure division des charges sur les pays européens ; l’accueil dans la propre région ; le séjour temporaire en combinaison avec des règles pour le retour ; la restriction aux seules personnes qui sont vraiment poursuivies conformément aux traités des réfugiés de 1951 et de 1956.

Le gouvernement démérite si l’on ne cherche pas d’autres formes pour l’assistance des réfugiés, afin d’éviter que les moyens de la société néerlandaise ne soient dépassés. Une partie des étrangers ne se déplaît pas aux Pays-Bas et n’est pas intégrée. Les liens matériels les lient toujours aux Pays-Bas. Pour les immigrés qui retournent, on pourrait introduire des règles pour des allocations de longue durée. Les règles trop restreintes jusqu’à présent ne suffisent pas.

Comme pays surpeuplé, les Pays-Bas ne peuvent accueillir qu’un petit nombre de demandeurs d’asile et absolument pas des réfugiés économiques. Les immigrés ne peuvent s’intégrer que quand il y a de l’emploi en suffisance et une mode d’existence pour eux. L’accueil pourrait être basé sur le consentement d’une grande partie de la population néerlandaise ; il ne peut être seulement basé sur la considération d’un groupe élitaire, politique et social. De plus, on pourra exiger de l’immigré une conduite positive envers les Néerlandais, la langue néerlandaise, certaines mœurs néerlandaises et la culture néerlandaise. Pensons à l’égalité de l’homme et de la femme, à la restriction des naissances, aux relations modernes entre parents et enfants, à la pluralité religieuse et politique. L’immigré ne peut être criminel et devra se disposer à collaborer avec les Néerlandais pour le relèvement continu de la société néerlandaise.

L’administration néerlandaise doit être disposée à retirer les leçons des fautes qu’elle a faites dans le temps dans l’accueil des ouvriers étrangers. Si maintenant les employeurs demandent à nouveau d’attirer des employées des pays hors de l’U.E., les autorités ne doivent pas y consentir. Du reste, nous sommes d’avis qu’un afflux d’ouvriers des pays de l’U.E. est aussi indésirable, étant donné le surpeuplement. Plus que des ouvriers de pays voisins, les ouvriers des pays lointains auront beaucoup de problèmes dus à un manque de connaissances linguistiques, une éducation différente et d’autres mœurs et coutumes. Les ouvriers immigrés d’aujourd’hui seront alors les ouvriers jetables d’hier. À notre avis, c’est une politique inhumaine. Si dans un secteur industriel il manque d’ouvriers, il faut chercher d’autres solutions : des salaires plus élevés, le déplacement à l’étranger de la production, au lieu de l’immigration des ouvriers aux Pays-Bas.

19. Conclusion
Il n’y a aucun argument logique pour faire croître encore plus la population aux Pays-Bas surpeuplés. Il serait sage de résorber le surplus d’immigrés qui résident déjà dans notre pays, avant de penser absolument à de nouveaux immigrés. De par nos principes humanitaires, de tolérance et d’équivalence, nous autres Néerlandais sommes prêts à aider des étrangers en danger. Mais si la réalité de la situation interne des Pays-Bas est perdue de vue, nous aggravons les problèmes de nos hôtes et nous créons en même temps des problèmes pour nous-mêmes.

Tout en développant l’histoire mondiale, nous signalons les dangers qui se produisent quand on essaie trop simplement de faire coexister des cultures différentes dans une société. Un de ces dangers est le sentiment grandissant d’insécurité. Un besoin général et fondamental de l’homme est justement le besoin de sécurité au milieu du groupe sûr propre et la défense contre l’inconnu. Les gens ne sont pas égaux, bien qu’il soient équivalents. Voilà la réalité. Il serait naïf de supposer que cette réalité est valable pour le reste du monde, mais pas pour les Pays-Bas.

La société multiculturelle ainsi que l’unification socioéconomique de l’Europe sont imposées trop hâtivement, obscurément et trop « d’en haut ». Il est question de dispersion régionale au lieu d’intégration. Voilà pourquoi les électeurs sont à la recherche d’alternatives sûres et régionales. Autrefois, l’Église et l’État tenaient leurs adversaires en bride avec les paroles : « Vous êtes un hérétique ! ». Mais de nos jours, cela n’a plus d’effet, bien que la remarque « Vous êtes raciste ! » est un moyen optimal pour figer à tort et à travers le droit à la libre opinion (un droit naturel). Les modeleurs de l’opinion publique s’acquittent de leur tâche. La pression dans la chaudière ne diminue que temporairement. Celui qui ne veut rien à voir avec la question est coupable si l’histoire se répète.

Un gouvernement raisonnable, comme en France, reconnaît les problèmes et s’efforce d’établir l’uniformité culturelle. Le gouvernement qui encourage ses immigrés et minorités à se servir de ses propres mœurs et coutumes, à se servir de sa propre langue apportée et à l’importation des propres lois et cultures hiérarchiques ne rend pas un bon service à sa propre population autochtone. Nous « balkanisons » ainsi les Pays-Bas. Ce qui reste est un gouvernement non démocratique qui, uniquement au moyen de suppression, peut arracher la société multiculturelle. Un tel développement nous semble aller contre le peuple néerlandais et est extrêmement indésirable.

Un pays avec une forte unité culturelle ne connaît pas les menaces des minorités qui différent culturellement. Là, on peut se concentrer facilement sur l’intégration de personnes à l’air différent, mais qui littéralement et figurativement parlent la même langue. Une vague continue d’immigrés, au contraire, rend en fait impossible une bonne intégration.

Revue 2009

Littérature recommandée

Het raadsel van de multicultuur: essays over islam en integratie
(L’énigme de la multiculture : essais sur l’islam et l’intégration)
J. Brugman – Amsterdam, Meulenhoff, cop. 1998 – (Meulenhoff editie 1734) – 183 pages.
Publiés avant dans une autre forme dans e.a. NRC-Handelsblad, Hollands Maandblad et HP/De Tijd.
Avec bibliographie
Essais critiques sur l’islam et les musulmans aux Pays-Bas.
ISBN : 90-290-5864-X

De verwarde natie : dwarse notities over immigratie in Nederland
(La nation troublée : notices contrariantes sur l’immigration aux Pays-Bas)
H.J. Schoo – Amsterdam, Prometheus, 2000 – 198 pages.
Avec registre
ISBN : 90-5333-985-X

Tegen de islamisering van onze cultuur : Nederlandse identiteit als fundament
(Contre l’islamisation de notre culture : l’identité néerlandaise comme fondement)
Wilhelmus S.P. Fortuyn – Utrecht, Bruna, cop. 1997 – 110 pages.
Nom de l’auteur sur la couverture : Pim Fortuyn
Avertissement contre la menace des normes et valeurs par le fondamentalisme islamique.
ISBN : 90-229-8338-2

Binnen zonder kloppen : Nederlandse immigratiepolitiek en de economische gevolgen
(Entrez sans frapper : la politique néerlandaise d’immigration et les conséquences économiques)
Pieter Lakeman – Amsterdam, Meulenhoff, cop. 1999 – ill. – 212 pages.
(Meulenhoff editie ; 1769)
Avec bibliographie
ISBN : 90-290-6522-2

Brief aan mijn dochter : een tocht door het pandemonium van seks en geweld
(Lettre à ma fille : tournée à travers le pandémonium du sexe et de la violence)
Jaffe Vink – Amsterdam, Meulenhoff, cop. 2001 -  96 pages
(Meulenhoff editie ; 1879)
Avec bibliographie
Essai sur l’augmentation de la vaine violence ouverte et secrète aux Pays-Bas de nos jours.
ISBN : 90-290-6949-X

« Het multiculturele drama »
(« Le drame multiculturel » )
Paul Scheffer
Publication dans le quotidien NRC-Handelsblad (29 janvier 2000), p. 6.

World population