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jeudi, 05 janvier 2012 21:20

Durabilité et problématique de population.

H. Lyklema in Civis Mundi d’avril 2008

Couplage ou découplage ?
Est-il présomptueux d’avancer que les problèmes de population et la durabilité sont liés un à un ? Il y a des indications claires de ce couplage. Qualitativement, c’est un fait que les problèmes écologiques, tels que nous les éprouvons maintenant,

ont une origine anthropique. Tout le monde est d’accord là-dessus. L’idée qu’un problème gît là où on devrait en avoir terminé gagne également du terrain, un peu plus vite dans tel pays que l’autre. Mais alors quoi ? Nous sommes évidemment réticents à abandonner notre standard de vie actuel, avec ses acquis sociaux et médicaux. La question rhétorique du couplage direct de ces acquis et du prix écologique qui doit en être payé nécessite donc une analyse quantitative. Dans cet article, j’essaierai d’y donner une première ébauche. Mon point de départ sera autant que possible détaché des valeurs, en me basant sur les lois naturelles de la validité universelle et non sur ce que d’autres ont pu en penser ou dire. Et pas non plus sur ce que nous voudrions.

Qu’est-ce que « la vraie durabilité » ?
On ne peut laisser au processus de décision démocratique le soin de faire une définition sérieuse de la notion de durabilité. Il suffit de se reporter aux publicités, articles de journaux et annonces à la radio pour s’apercevoir que cette notion peut être utilisée de manière très créative, c’est-à-dire à tort et à travers. Le mot est devenu du battage. Vous pouvez investir, cuisiner, construire, voyager durablement ; il suffit de le dire. J’ai même rencontré la combinaison antithétique de « biens de consommation durables ». La raison de cet abus fréquent est que cela « sonne bien ». Cela suggère que vous vous préoccupez du climat et que vous pouvez joyeusement continuer à consommer, acheter ou voyager. Des produits commerciaux emballés sous le signe de la durabilité, donc. Si l’on examine, au cas par cas, ce que l’ajout « durable » signifie, on en arrive également le plus souvent à la conclusion qu’il y a quelque part dans le processus une étape qui est écologiquement responsable, mais qui, au total, augmente cependant la charge environnementale. Construire « durable », par exemple, peut mettre l’accent sur la solidité des matériaux ou sur la performance énergétique des bâtiments projetés. Mais si vous additionnez les coûts environnementaux de tous les matériaux de construction, de leur transport, et ceux des travailleurs, le bilan peut s’avérer moins favorable que cela. Et en tous les cas, une résidence permanente signifie un sacrifice durable de la surface de vie, une des ressources écologiques. Voyager « durable » signifie souvent que vous payez un supplément destiné au reboisement en Afrique afin de compenser le CO2. Y a-t-il quelqu’un pour croire à l’efficacité de cela ? Il faudra des décennies pour que ces arbres soient grands assez pour absorber concrètement le CO2, et qui peut jurer qu’il n’y aura pas derrière eux une société chinoise prête à couper cette forêt ? En outre, les émissions de CO2 ne sont qu’un des problèmes environnementaux. Pour voler, il faut utiliser des énergies fossiles, et pour construire l’avion, on utilise des minéraux et de l’énergie ; et avant de voler, il faut aussi compter le transport terrestre.

Ce dont on a besoin, c’est d’une définition qui ne soit pas inspirée des définitions anthropiques, mais qui est basée sur la conservation de la qualité de l’écosystème. Pour faire la distinction, je nommerai la durabilité qui correspond à cette définition, la « vraie ». L’écosystème dans lequel nous vivons et travaillons possède un certain nombre de ressources écologiques (écoressources), dont nous faisons usage, comme les zones sèches et humides, les minéraux, l’énergie fossile, l’eau potable et le bon air. Un économiste appellerait ces ressources « moyens de production », mais pour un écologiste des espèces, c’est une malédiction, car la production économique soustrait ces ressources au milieu naturel. Je ne compterai pas l’énergie solaire dans cette catégorie, car elle est largement disponible, quoique bien souvent sous une forme que nous ne pouvons pas utiliser. L’apport d’énergie solaire est vraiment durable. Les anciens systèmes économiques s’appuyaient presque entièrement sur l’énergie solaire et étaient donc durables.  On ne peut qualifier un système économique moderne de vraiment durable que s’il ne contribue pas à diminuer les écoressources. En d’autres termes, si le pouvoir de régénération naturel, avec l’apport éventuel de l’énergie solaire, n’est pas affecté.

Il est intéressant, dans ce contexte, de se rapporter à ce que dit le récent rapport du RIVM (Institut néerlandais de santé publique et de l’environnement),  « Les Pays-Bas et un monde durable »1, à propos de la notion de durabilité. Dans ce rapport, au demeurant très lisible, cinq indicateurs de durabilité sont identifiés et brièvement débattus : le Human Development Index, l’Environmental Sustainability Index, l’Environmental Performance Index, le Happy Planet Index et l’Index pour une Société durable. Ces rapports ont en commun le fait qu’ils parlent tous du bien-être des gens, qui est mis sur le même pied que la durabilité de l’environnement. Cette vue est la plus clairement réduite dans les approches PPP (People, Planet and Profit). Contre cet aspect des choses, on peut rétorquer que les trois P ne sont pas équivalents. Même si l’on supprime le P de Profit, on peut encore faire remarquer que la planète peut très bien survivre sans les hommes, le contraire pas. Les définitions anthropiques ne sont en principe pas équilibrées et mènent à des discussions sans fin dans lesquelles certaines parties du problème sont abordées à chaque fois, peut-être même (partiellement) résolues, alors que la plus grande partie reste à faire. Malheureusement, nous ne pouvons que constater que lorsque ces parties de problème sont résolues, la durabilité fait marche arrière.

Dans le cadre de cet article, nous en arrivons déjà à la conclusion que les citoyens doivent être généralement plus conscients des limites de leur capacité à laisser l’environnement intact. Et n’oublions pas non plus que l’élevage intense contribue à la charge environnementale anthropique.

À propos des échelles de temps
L’élément « durabilité » implique aussi quelque chose d’une échelle de temps. La période que nous essayons d’observer doit être longue, mais de quelle longueur ? En principe, indéfiniment, mais c’est un choix impossible. Du fait qu’il s’agit d’influences anthropiques sur l’écosystème, il est logique de penser en termes de dizaines de générations, voire de siècles. Il s’agit donc d’une politique à long terme. Assez courte pour ne pas devoir se casser la tête à propos de changements non anthropiques, comme l’aube d’une nouvelle ère glaciaire, mais assez longue par rapport à la durée d’un gouvernement.

Il y a encore une autre échelle de temps pour la durabilité : celle de la vitesse à laquelle l’écosystème peut se régénérer, en proportion du rythme auquel nous utilisons les écoressources.

Y a-t-il un lien entre population et mainmise sur les écoressources ?
Oui, bien sûr, et quantitativement, le degré de couplage dépend de la manière dont la population fait face à l’environnement. Cela nous amène à la question principale : dans quelle mesure pouvons-nous découpler notre économie avec la mainmise que celle-ci met sur les écoressources ? Et, si ce n’est pas possible, pouvons-nous mesurer les dommages, et sommes-nous prêts, en conscience, à assumer les risques de ces dommages ? Aux yeux du citoyen lambda, et donc du politicien lambda, ce découplage est un vœu pieux. On entend souvent dire, malheureusement même dans les cercles des faiseurs d’opinions, que le découplage doit être techniquement possible (« J’ai une foi totale dans la technologie »). On cite ensuite, à titre illustratif, des exemples pour montrer que la technologie a pu rendre des processus et des produits plus économes. L’argument est complètement faux dans son principe : il va à l’encontre de l’une des lois naturelles fondamentales, la deuxième grande loi de la thermodynamique. Il faudra toujours payer un prix écologique pour notre économie, et plus l’économie est intensive, plus le prix écologique est élevé.
À cette fin, faisons une petite digression dans le contexte des sciences naturelles.

Les couplages examinent les sciences naturelles.
La nature qui nous entoure est remplie de ces couplages, que nous ignorons la plupart du temps. Un exemple biologique montre qu’il n’y a pas de papillons sans chenilles. Pourtant, on ne peut regarder les gens détruire les chenilles dans leur jardin et se plaindre ensuite qu’il y a si peu de paillons. Et qui est conscient que le fait qu’il y ait deux sexes est directement couplé à la mortalité de l’individu ? Une vache ne peut pas grandir et donner du lait sans aussi produire du fumier. Celui qui ose prétendre qu’il peut découpler technologiquement ces deux choses manque de bon sens.

La question centrale à se poser lors de l’analyse de la mainmise que notre économie met sur les écoressources est la règle de base qui vaut ici pour des quantités provisoires : « quand c’est fini, c’est fini ! ». Le découplage entre l’économie et la mainmise sur les écoressources n’est possible que si nous pouvons réutiliser à 100 % les ressources utilisées, et c’est précisément ce qu’on ne peut pas faire sans faire une mainmise supplémentaire sur les écoressources. Dans un article précédemment paru dans cette revue2, ces deux lois fondamentales ont été expliquées et illustrées d’exemples. La loi énonce que nous ne pouvons pas faire de « mouvement perpétuel » de la deuxième sorte, c’est une technologie développée par laquelle la chaleur est entièrement transformée en travail, sans utiliser d’énergie ni d’écoressources, ou ramener des métaux usagés à l’état d’éléments purs, ou séparer de l’eau polluée avec des métaux lourds en eau potable et en métaux purs. On ne peut pas « valoriser » des déchets jusqu’à en revenir à la matière originelle sans que cela ne coûte en énergie et matière supplémentaire. La technologie peut bien sûr donner un petit coup de pouce pour aider à limiter les dommages (des voitures plus propres), mais l’économie ne peut rien faire sans ces matières premières, car nous ne pouvons pas tout réutiliser. Il n’existe en principe aucune procédure « du berceau au berceau » qui fonctionnerait dans un cercle écologique fermé. Le découplage ne marche que pour des processus biologiques lents, dans lesquels la réutilisation peut se faire entièrement grâce à l’énergie solaire. Mais ce n’est pas attrayant pour l’homme occidental moderne. Cette dure vérité étant établie, la prochaine étape est de trouver une mesure non anthropique pour le degré d’utilisation des écoressources.

L’empreinte écologique.
Pour le moment, c’est la mesure la plus pratique. Celle-ci décrit la surface dont on a besoin pour satisfaire tous les besoins de la vie (manger, boire, réutiliser des déchets…). On peut la calculer par pays, par personne, par processus et par produit. Le concept a été exposé dans un article de Juffermans dans le présent numéro3 ; il appelle cela l’empreinte mondiale. Pour ma part, l’empreinte mondiale est celle de toute la terre. Un avantage psychologique d’une bonne compréhension de l’empreinte écologique est que ce qu’elle signifie peut aussi être au figuré. On peut proposer quelque chose à une personne qui vit sur un grand pied écologique : quelqu’un qui possède une ou plusieurs grandes maisons avec l’air conditionné, également une nouvelle voiture très chère, des chevaux, et qui voyage beaucoup en avion. Quelqu’un comme Al Gore. La notion d’empreinte écologique n’est pas parfaite, mais est tout aussi peu une faute grave. Ce qu’on n’y trouve pas, par exemple, c’est la mesure de la toxicité des déchets. Les minéraux ne sont pas non plus pris en compte. Mais faute de mieux, nous pouvons déjà en apprendre beaucoup. L’empreinte écologique est certainement mieux que les nombreux indicateurs qui sont basés sur les trois P, comme le Bureau du Plan le fait actuellement. Ces indicateurs sont des priorités dans la répartition de l’argent que nous n’aurions pas dû gagner.

Qu’est-ce qui en ressort ? Pour garder vraiment durable la terre dans son ensemble, chaque habitant doit utiliser 1,8 hectare. En réalité, il en utilise 2,2 hectares. Donc, globalement vu, la mainmise sur les écoressources est déjà de 20 % trop élevée. L’empreinte ne dit rien sur les choses qui ne vont pas, mais on peut supposer que le réchauffement planétaire en est une. Ce n’est pas la seule, le manque d’eau potable et de surface vivable en sont des autres. Il semble peu probable qu’une amélioration se fasse jour bientôt, étant donné l’arrivée de mégaéconomies à croissance rapide, comme la Chine. L’empreinte écologique par personne est très élevée dans les pays du Golfe (tout doit y être envoyé par avion) et aux États-Unis (9,6 hectares par personne, par suite du standard de vie moyen très consommateur), mais peu élevée dans de nombreux pays en développement. Mais regardons plutôt ce qui se passe chez nous. Pour les Pays-Bas, il s’agit de 4,4 hectares par personne, donc un facteur de 2,4 fois trop élevé, comparé avec ce qui est offert pour une vraie durabilité. Nous ne parlons donc pas là d’un petit pourcentage. Et, comme la détermination de l’empreinte doit être augmentée, par exemple avec la prise en copte des déchets, ce facteur est alors encore plus élevé. Constatons aussi  que ces dures constatations sont apolitiques ; nous n’avons rien à trouver, c’est un fait. Ce que nous faisons est bien une question de politique ; cela porte même sur la politique de l’autruche qui justifie que nous ne faisons rien.

Comment aller plus loin dans la politique de population ?
Dans cet article, je me suis limité aux Pays-Bas. Des moyens doivent être cherchés pour réduire l’empreinte VNed de ce pays d’un facteur 2,4. Momentanément, cette empreinte se monte à VNed = Vp x N, où Vp est l’empreinte par personne (donc 4,4 pour le moment), et N le nombre d’habitants (environ 16 millions). Ce produit peut descendre si soit l’empreinte par personne, soit N diminue. De préférence les deux. Personnellement, je pense qu’il ne faut rien attendre de la première : nous sommes trop gâtés avec notre standard de vie élevé, notre bon système de soins de santé, etc. Il y a certainement des exemples individuels à trouver, de personnes avec un style de vie idéaliste « écoconscientisé », mais je ne m’attends pas, par conséquent, qu’un facteur de 2,4 puisse être atteint. Donc, la grosse  partie de l’effort devra venir de la diminution de N. Provisoirement, c’est encore un tabou, mais cela ne devrait choquer personne d’imaginer des Pays-Bas où ne vivraient que seulement 6,6 millions de personnes, mais où tous les acquis actuels resteraient debout durablement. « Économiser » aiderait aussi certainement à faire diminuer VNed, ne serait-ce que pour au moins stabiliser la croissance. Même que c’est déjà difficile, parce qu’il faut entamer des écoressources toujours plus pauvres, dont l’extraction coûte progressivement plus d’écoressources et d’énergie. Dans des Pays-Bas simplifiés, la stabilisation de la croissance économique dans un monde qui est déjà loin d’être durable est tellement artificielle que l’ensemble du métabolisme économique doit accélérer, ce qui diminue d’autant la durabilité.

Conclusions.
La portée de ce que nous avons traité plus haut est naturellement beaucoup plus large. Ceci sera, entre autres, mis en avant lors de la mise au point de la question de savoir comment réaliser l’un et l’autre, par des questions sur la répartition des écoressources disponibles (pauvres et riches), en prenant des engagements politiques et idéalistes (comme la Déclaration des droits de l’homme de Rio, où il est dit que tout le monde a droit au développement durable), le mythe que l’on a besoin de plus de croissance économique pour régler les problèmes d’environnement (il suffit simplement d’« éco-nomiser ») et l’habitude enracinée de tout exprimer en argent (les écoressources sont beaucoup plus porteuses de valeur et ne subissent pas l’inflation. Le lecteur a-t-il remarqué que le mot « argent » n’apparaît qu’une seule fois dans cet article ?). Je note encore aussi que, lors de la réflexion sur l’immigration, nous devons donner la préférence aux personnes ayant une faible empreinte écologique.
L’objectif principal de cet article est de fournir une contribution à la conscientisation de faits derrière les fictions.

  1. « Nederland en een duurzame wereld : armoede, klimaat en biodiversiteit. Tweede Duurzaamheidverkenning », RIVM (2007).
  2. J. Lyklema,« Echte Duurzaamheid, een Natuurwetenschappelijke Aanpak », Civis Mundi, 41 (2002) 154.
  3. Article de Juffermans dans ce numéro.

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