Overpopulation Awareness is the website of Fondation Le Club des Dix Millions

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vendredi, 05 mars 2010 16:16

Des critères

Justification
La Fondation (Stichting De Club Van Tien Miljoen) essaie de créer une base sociale pour une politique démographique aux Pays-Bas ainsi que pour les autres pays de l’Union européenne. Elle essaie d’atteindre son objectif au moyen de la conscientisation.

Pour le moment, cet objectif, aux Pays-Bas, est fixé à dix millions d’habitants.

À base des données de recherches déjà existantes, le comité consultatif de la Fondation a formulé des critères pour une politique démographique.

Par définition, le caractère d’une étude comme celle-ci est spéculatif. Il n’existe guère d’experts sur le terrain de la problématique du surpeuplement. Non seulement les données crédibles réunies systématiquement des différentes organisations se contredisent, mais les façons dont on les a obtenues sont bien différentes elles aussi.

Les qualités de la vie terrestre de l’homme ainsi que des animaux et des plantes sont le point de départ dans cette étude. Nous considérons cette étude comme une étude initiale à l’énoncé d’une possibilité de diriger la Terre, notre planète, dont les moyens écologiques sont déterminants pour les actions humaines.

Même s’il n’est pas possible d’ébaucher de bons critères, il vaudra toujours mieux ébaucher des critères moins corrects que pas de critères du tout, car la population mondiale actuelle d’environ 6 milliards de personnes augmente toujours et ne cesse de nuire toujours plus aux moyens de la Terre. Dans ce phénomène, l’Europe joue un rôle important.

    • Introduction
    • Bien-être et standard de vie
    • Amplitude minimale de la population
    • Amplitude maximale de la population
    • Amplitude optimale de la population
    • Critères essentiels
    • Énergie
    • Eau
    • Disponibilité de terres arables
    • Évaluations de nourriture
    • Diversité biologique et densité optimale de diffusion
    • Terre productive écologiquement
    • Transport des aliments
    • Critères spéciaux
    • 1Liberté
    • Mobilité
    • Récréation
    • Moyens d’y arriver
    • Conclusion

1. Introduction
L’opinion scientifique en ce qui concerne la réalité menaçante d’une crise démographique est presque unanime. La « Union of Concerned Scientists » (www.ucsusa.org), une association de scientifiques soucieux de l’avenir a publié un manifeste intitulé « World Scientists Warning to Humanity » (Avertissement des savants mondiaux à l’humanité) (http://deoxy.org/sciwarn.htm), dans lequel on fait remarquer que les activités désastreuses de l’homme feront probablement que la vie, telle qu’elle est maintenant, sera impossible. Quelque 1.700 savants, parmi lesquels sont représentés la moitié de tous les lauréats du prix Nobel, ont soussigné ce manifeste.
Il y a pourtant de puissantes forces religieuses, politiques et économiques qui s’opposent à une solution au problème de la surpopulation. Ces forces nient qu’à la longue l’accroissement de la population sera la cause principale d’un grand nombre de problèmes et sera vraisemblablement la cause de tous les problèmes au monde. En tout cas, la surpopulation toujours croissante est une des menaces les plus graves sur la qualité de vie de l’homme, des animaux et des plantes. Mais focaliser le sujet sur la surpopulation ne signifie pas pour autant que tous les autres problèmes seront ignorés.

Les comportements des gouvernements envers la surpopulation sont souvent différents. Chaque année, le « Population Reference Bureau » (Bureau des références de la population) à Washington (États-Unis) fait publier une « World Population Data Sheet » (Feuille de données concernant la population mondiale). (voir www.prb.org et www.census.gov). Dans cette publication sont mentionnées les idées des gouvernements en ce qui concerne l’ampleur de leurs propres populations. L’édition de 1995 mentionne 40 pays européens, dont 24 pays trouvaient le nombre d’enfants par femme « satisfaisant » (ni l’Espagne ni l’Italie ne trouvaient qu’un nombre de 1,2 enfant par femme était trop bas), et 15 pays qui trouvaient que leurs nombres d’enfants étaient « trop bas ». Seule la Macédonie trouvait son nombre de naissances de 2,2 trop élevé.

Dans le passé, en Grande-Bretagne (1949), aux États-Unis (1972) et aux Pays-Bas (1977, Muntendam) des commissions gouvernementales ont publié des rapports sur les problèmes démographiques. Dans tous les cas, l’intention était d’ambitionner un mouvement de la population stationnaire ou bien à la baisse. Les conclusions, en effet, n’allaient pas dans le sens politiquement souhaité, et les rapports ont disparu dans les tiroirs des bureaux ministériels. Il y a bien sûr une politique active dans les pays européens, mais on ne se préoccupe, d’une part, que du nombre d’enfants par femme en relation avec le rapport défavorable entre les habitants actifs et inactifs, d’autre part, que d’un manque de forces ouvrières. Dans son livre « Derde Industriële Revolutie » (Troisième révolution industrielle), M. Jeremy Rifkin révèle que cette dernière inquiétude n’est pas fondée. Au contraire : au XXIe siècle, il y aura beaucoup de ressources humaines non utilisées et même du chômage.

La croissance de la population est déjà, ou sera à bref délai, un grand souci pour le monde entier, pour les hommes aussi bien que pour les animaux et les plantes. Chaque jour dans le monde, la population croît de 250.000 personnes, ce qui revient à un million de personnes tous les quatre jours, soit 90 millions par année.
La population mondiale était

en 1820
1 milliard
en 1930
2 milliards
en 1960 3 milliards
en 1977 4 milliards
en 1987 5 milliards
en 1999 6 milliards
en 2011 7 milliards

Tant que cette croissance perdure, tous les discours sur la durabilité ne resteront qu’une construction théorique. C’est un sophisme que de dire que les problèmes qui existent dans les divers pays ne sont pas dus au surpeuplement.
Les Pays-Bas et le Japon sont des exemples de sociétés denses et en même temps prospères. Mais ces nations industrielles hautement spécialisées dépendent de l’importation en masse de matières premières et de denrées provenant du reste du monde. Chaque pays a une politique économique, ainsi qu’une politique étrangère et une politique financière. Il est grand temps de discuter ouvertement de la nécessité d’une politique démographique.

La politique démographique ne doit pas se borner uniquement à la croissance de la population, quand cette population risque de franchir ses limites physiques, comme c’est le cas en Chine et en Inde. Le champ d’action d’une politique démographique doit être étendu. Il pourrait s’étendre à des considérations d’intérêt personnel, comme la nourriture saine ou la préoccupation de préserver la nature. La politique démographique signifie, par exemple, moins de maisons, moins d’agglomérations, moins de voitures, moins de règles, moins de criminalité, moins d’industries, moins de pollution et également moins de pression sur les régions naturelles et moins de chômage.
Dans une telle politique, il faudra aussi reconnaître plus de territoires ruraux, plus d’espace, plus d’étendues, plus de nature, plus de plages et de rivières propres. Il ne faut pas oublier les sources naturelles, et il va de soi que l’héritage commun et l’intérêt des générations actuelles et futures en feront la partie essentielle.

2. Le bien-être et le standard de vie.
Les facteurs « bien-être et standard de vie » déterminent la qualité de la vie. La prospérité et le bien-être sont des conceptions dont la politique ne se sert que rarement ou même pas du tout. La politique n’intente pas des actions pour améliorer la prospérité en soi. L’amélioration du standard de vie contribue substantiellement à une plus grande prospérité. Le besoin d’un plus haut standard de vie est plus souvent dicté par une nécessité matérielle que par un besoin immatériel. Il est clair que pour les personnes précarisées, l’accroissement de leurs revenus et l’extension des possibilités économiques sont des conditions extrêmement importantes pour arriver à leur épanouissement.

Être heureux est une question de caractère personnel. En se référant au proverbe bien connu primum vivere deinde filosofari (d’abord la nourriture et ensuite la morale), le psychologue Maslow a formulé scientifiquement l’ordre des priorités humaines.

L’homme veut profiter de sa vie, il veut avoir un résultat pour lui-même (http://en.wikipeadia.org/wiki/Maslow’s_hierarchy+of_needs). Un homme a besoin de nourriture, raison pour laquelle il devra travailler. Puis il ne veut pas avoir froid, il cherche la sécurité et une certaine continuité dans sa vie. Un contenu rationnel de ses idées est également important. Il va de soi qu’outre cela, toutes sortes de facteurs psychologiques jouent également un rôle. La plupart du temps, la prospérité humaine augmente en raison de la satisfaction de nos besoins élémentaires.

La prospérité humaine en soi ne peut être mesurée. Il est donc impossible d’y mettre des critères. Il est bien possible de mesurer le standard de vie. On se sert des revenus nationaux bruts comme une sorte d’indicateur socioéconomique. Il indique un certain degré de prospérité. En effet, il existe une relation entre un accroissement des revenus nationaux et l’amélioration de l’idée de prospérité aux niveaux macroéconomique et microéconomique. Toutefois, les activités ménagères et le travail bénévole, par exemple, ne sont pas compris dans les revenus nationaux, pas plus les matières premières prises de la terre. Au contraire, les activités économiques qui nuisent à l’environnement sont comprises comme revenus ; mais le dommage même n’est calculé que s’il est question de frais de réparation. Les revenus nationaux peuvent représenter un certain standard de vie, mais ceci n’est pas la valeur des activités humaines. D’après nous, on peut donc conclure qu’il n’est pas correct de mesurer la qualité de la vie et de mesurer la prospérité humaine à l’aide du P.I.B. (produit intérieur brut).

Des manières spécifiques de mesurer le standard de vie humaine ont été développées. Un critère, dont on se sert depuis 1990, s’appelle le « Human Development Index » (H.D.I.) (Index du développement humain - I.D.H.) des Nations Unies. Il s’agit d’une façon de mesurer plus précisément la prospérité humaine (http://hdr.undp.org/en/). La méthode se caractérise par sa manière fort compliquée de mesurer, due à plus de 500 données, mais en fin de compte, l’index est basé sur trois chiffres : espérance de vie, niveau moyen de l’enseignement et revenus par habitant.
En 1991, on a dressé un nouveau classement pour le I.D.H., qui inclut également le sexe et la diversité des revenus.
Selon ces critères mentionnés, trois pays se trouvent au sommet : le Canada, la Norvège et la Suède. Ces trois nations ont toutes une chose en commun : une amplitude minimale de leur population.

3. L’amplitude minimale de la population

David Willey est l’auteur de l’article « Optimum Population for Europe » (« Population optimale pour l’Europe »), inédit jusqu’à présent. Dans son article, il parle d’abord d’un minimum, puis d’un maximum d’habitants. Finalement, il arrive au chiffre optimal. En effet, il semble utile d’étudier les deux extrêmes, le minimum et le maximum de la population, afin d’avancer un chiffre optimal comme étant le meilleur compromis.

Quel peut être le nombre minimum d’habitants si l’on ambitionne des conditions maximales ou de choisir une bonne qualité de vie pour tout le monde, partout et pour toujours ? Premièrement, un minimum ou un maximum pour une population est une donnée qui dépend du temps. De nos jours, il est très difficile de prédire comment sera la situation dans un siècle.

Il n’est pas certain qu’une société peu peuplée soit attractive d’un point de vue économique. L’économie d’un pays peu peuplé a un marché réduit, mais les menaces sur l’environnement et la consommation de matières premières sont moins à l’ordre du jour. Néanmoins, une population minimale est peut-être de moins d’importance d’un point de vue économique. Beaucoup de sociétés qui se servent de méthodes de production de pointe sont en effet des multinationales ou se réjouissent d’un grand nombre d’acheteurs de leurs produits. La conclusion semble devoir être que les critères pour un nombre minimum d’habitants par pays ou par région sont difficiles à établir.

Avoir une certaine échelle de population dans l’économie nationale est le résultat d’un choix. Mais que peut faire un nombre restreint de personnes, mais avec beaucoup de pouvoir individuel d’achat ? Est-ce qu’ils jouent un autre rôle économique que dans le cas de nombreuses personnes avec peu de pouvoir individuel d’achat ? Autrement dit : est-ce qu’un demi-million de Néerlandais prospères achètent plus de réfrigérateurs que deux millions de Néerlandais pauvres ? Ou en achètent-ils moins ? Cela dépendra aussi des réfrigérateurs.

Au niveau local, il faudra, par exemple, un certain nombre de consommateurs pour assurer la continuité d’une droguerie dans un village et il faudra un plus grand nombre de clients pour faire marcher un magasin de meubles dans une ville. Au niveau local ou régional, avoir un minimum de clients est une condition préalable pour la conservation des activités économiques. Ceci n’est pas le cas au niveau national. Nous ne savons pas maintenant dans quelle mesure la population devra diminuer sans accepter une réduction du pouvoir d’achat, si l’emploi est aussi mis en cause.

Dans quelle mesure la sécurité d’un pays peut-elle être garantie avec un nombre minimal d’habitants ? Il y a de nombreuses sortes de menaces. Le fait d’être peu nombreux est probablement la meilleure défense d’un pays. Moins il y a d’habitants et moins ils vivent concentrés, moins vulnérable est le pays.

On peut affirmer qu’une forte densité de population est le talon d’Achille d’un pays si de ce fait, il a une dépendance accrue vis-à-vis des importations de denrées alimentaires et des matières premières. Ainsi, les États-Unis, avec la moitié de leur population actuelle, ne dépendraient pas du pétrole du Proche-Orient.

Et le progrès technique, est-il assuré si le nombre d’habitants est minimal ?

On prétend qu’un stimulant à l’innovation technique est souvent la conséquence d’un besoin. Souvent, le besoin serait à l’origine de l’inventivité.

La guerre est un des stimulants qui, autrefois, avaient des conséquences. Une certaine croissance démographique pourrait être aussi le moteur du progrès technique. Mais il n’est pas certain que l’innovation technique soit la conséquence de l’impulsion donnée par la croissance démographique. Il se peut que certains considèrent la croissance démographique comme défavorable et qu’ils soient prêts à chercher des moyens pour renverser la situation.

Il y en a d’autres qui lanceront peut-être un défi aux problèmes pour affronter le contrôle du  surpeuplement. Ils penseront atteindre leur but par des inventions qui rendront le surpeuplement supportable. Il est pratiquement certain que ce n’est pas l’idée de l’individu qui a amené l’innovation technique. Il semble que ce soit justement l’opposé : l’innovation technique a réalisé la croissance de la population et continue d’évoluer.

Une question est toujours restée sans réponse : est-ce que l’Occident industrialisé (y compris les Pays-Bas) est disposé à faire des concessions en ce qui concerne une diminution des innovations ou des innovations techniques moins rapides en faveur d’une population plus réduite ? En d’autres termes : opter pour moins de personnes avec éventuellement moins d’innovations techniques et un peu moins de luxe pour avoir une qualité de vie et de prospérité plus haute. Nous préférons opter pour moins de personnes en faveur d’une plus haute qualité de vie avec, éventuellement, une rénovation technique moins avancée.

4. L’amplitude maximale de la population.
Un principe central, d’origine écologique, est celui du taux proportionnel et progressif. Ce principe détermine en théorie l’amplitude maximale de la population d’une espèce donnée pouvant être soutenue par les ressources naturelles d’une certaine région sans mettre en danger l’équilibre de cette région.

L’application du principe du taux proportionnel et progressif par les divers auteurs a comme résultat une variation énorme d’estimations du peuplement mondial maximum selon les critères dont ils se sont servis. Beaucoup d’entre eux ont uniquement consulté le potentiel de la terre à produire des denrées alimentaires. Des facteurs comme l’énergie, le pays, le sol, l’espace, les maladies, l’épuration des déchets, les minéraux, les bois, la diversité biologique, l’azote, le phosphore, etc., furent négligés. Jamais ou quasi, on a pris en considération des facteurs psychologiques comme l’espace, le bruit, le repos et le silence.

Il y a beaucoup de spéculations en ce qui concerne les critères pour une densité maximale de population. On a calculé que dans le monde entier 12 milliards de personnes pourraient être nourries par un régime végétarien tel qu’il est appliqué, par exemple, au Népal. Tandis que s’il s’agissait d’un régime alimentaire tel qu’aux États-Unis, le monde entier ne pourrait probablement nourrir qu’un milliard de personnes. Le facteur énergie joue un rôle important dans la détermination de la mesure de durabilité de ce régime américain. En effet, celui-ci détermine constamment un certain standard de vie. Notre terre offrirait une place à seulement deux milliards de personnes si l’on vivait de cette manière.

Les termes « les moyens » peuvent être définis également en termes de ressources, comme le bois, le poisson, la terre arable, la possibilité de l’environnement d’épurer la pollution, etc. Dans ce raisonnement, on pourrait décrire les moyens, comme l’espace écologique. Chaque individu devrait être en état de consommer pareillement dans l’espace écologique mondiale. Avec les termes « amplitude maximale de la population », nous voudrions définir le nombre de personnes qui – pour un certain standard de vie – utilisent complètement l’espace écologique qui leur est disponible.

5. L’amplitude optimale de la population.
Mais ce qui est faisable au maximum, ne doit pas être idéal. Un pays avec un nombre maximum d’habitants pourrait bien fournir une maison ou un appartement à tous, mais il se peut qu’il n’y ait plus d’espace naturel pour une balade au grand air. Un pays où l’on tient des moyens de la nature, un pays qui fait honneur à toutes les facettes de la nature dont fait partie l’homme, qui possède des flore et faune optimales. Ainsi, il faudrait formuler quand et dans quelle mesure aussi à long terme la qualité de la vie humaine pourrait être garantie du mieux possible pour une société, en faisant en sorte que les autres formes de vie, la flore, la faune et ce qui est nommé l’environnement ne soient pas en danger, mais qu’elles soient en fait respectées.

Alors, il faudra déterminer le nombre de personnes nécessaires pour le fonctionnement optimal. Hélas, le plus souvent on n’est sensible qu’aux facettes économiques. La population n’a seulement les meilleures possibilités d’avoir une bonne qualité de vie pérenne que si elle ne doit pas nuire aux habitants d’autres pays, si elle possède ses propres réserves alimentaires, des matières premières et d’autres choses élémentaires, si elle a la chance de se développer mentalement et physiquement, de se reposer dans la nature et de s’échapper des bruits et de l’animation de la vie quotidienne, et si elle laisse une existence digne aux générations à venir. Tout ce qui compte pour les êtres humains devrait compter aussi pour les animaux et les plantes. Ce n’est que dans ce cas-là qu’on peut alors parler d’une population optimale.

L’amplitude optimale de la population est déterminée quelque part entre le minimum et le maximum, mais plus près du minimum. Dans notre thèse, elle implique une dispersion équitable de prospérité pour tous les habitants du monde, une situation opposée donc à la nôtre actuellement. Si, en effet, nous voulons un partage équitable pour ces milliards de personnes dont le niveau de consommation à l’heure actuelle est très bas, nous devrons prendre pour point de départ des consommations beaucoup plus grandes par habitant que nous l’indique le chiffre moyen actuel. De ce fait, nous arriverons à des valeurs remarquablement basses pour une amplitude optimale de la population. Des critères ont été fixés prudemment pour un certain nombre d’objets.

6. Les critères essentiels

Nous distinguerons ici les critères essentiels et spéciaux.

Les critères essentiels marquent la limite du nombre maximum de personnes par rapport à certaines matières premières indispensables à la vie humaine. Certains de ces critères sont à fixer mondialement, d’autres seulement au niveau régional ou national. Quelques exemples de ces matières premières sont l’énergie, l’eau et la terre arable. Il va de soi que dans ces exemples et les calculs qui en résultent, le point de départ a été l’état actuel de la technique. Il n’y a pas de spéculation en ce qui concerne des inventions qui ne sont pas encore réalisées pour résoudre les problèmes signalés.

Le but est, à l’aide des moyens et des possibilités, de faire une évaluation approximative et raisonnable d’une population mondiale qui puisse profiter d’une existence digne. Si, dans le futur, il y a des développements qui justifieront un plus grand nombre de personnes que le nombre actuel, on pourra toujours décider d’une croissance régularisée. Des raisonnements et spéculations inverses ont mené aux problèmes qui sont traités. D’après nous, ils sont catastrophiques.

Des critères spéciaux servent comme indicateurs pour tout ce qui n’est absolument pas nécessaire pour la vie humaine, mais qui la rendent bien plus agréable. Souvent, ces critères aussi sont à définir uniquement au niveau régional. Ils seront traités dans la suite de ce texte.

7. L’énergie

L’augmentation continue de l’utilisation des combustibles fossiles comme le pétrole, le gaz et le charbon pendant les 140 dernières années, est due pour moitié aux besoins croissants de l’homme et pour l’autre moitié à la croissance démographique. L’augmentation de l’utilisation de ces sources d’énergie a engendré beaucoup de pollution de l’atmosphère, de l’eau et du sol. L’utilisation continue du charbon, du gaz et du pétrole n’est plus qu’une question de temps. Elle finira par disparaître.

L’utilisation de l’énergie solaire exige beaucoup de surface. David Pimentel explique dans son « Renewable Energy » (Énergie renouvelable, 1994) qu’il faudra 20 % de la surface totale européenne pour obtenir toute l’énergie solaire dont nous aurons besoin. L’énergie éolienne exige aussi beaucoup de surface terrestre. Et il faudra également beaucoup de surface terrestre pour le bois comme source d’énergie. En outre, par une consommation continue du bois, les réserves en bois auront bientôt disparues. Le dernier mot n’a pas encore été dit sur la sécurité de l’utilisation de l’énergie nucléaire et sur la fusion nucléaire future et éventuelle.

Entre-temps, la population mondiale augmente toujours jusqu’aux 10 milliards de personnes prévus en 2050. En 1994, il fallait seulement 15 milliards de TWh pour la consommation mondiale d’énergie. Selon John Holdren, spécialiste scientifique en matière d’énergie à l’Université de Californie, cette consommation va augmenter jusqu’à 30 milliards de TWh en 2050, ce qui signifie le doublement de la consommation actuelle d’énergie.

De nos jours, la consommation totale d’énergie dans les pays sous-développés est en moyenne de 1 kWh par personne par jour. Aux États-Unis, elle est de 12 kWh, et pour les autres pays industrialisés, elle est 7,5 kWh (la consommation d’énergie pour l’industrie n’y est pas comprise).

Est-ce que la biosphère peut produire ces 30 milliards de TWh ? Les matières brutes sont irremplaçables et ne peuvent être retenues pour la réutilisation que par recyclage. Mais selon Paul Ehrlich, biologiste à la Stanford University en Californie, la consommation d’énergie ne devrait pas dépasser les 6 milliards de TWh par année dans le monde entier pour garantir la conservation des écosystèmes.

Avec une consommation de 3 kWh par personne, la population mondiale ne devrait pas compter plus de 2 milliards de personnes. Ceci exige donc un laminage drastique de la population mondiale ou de sa consommation d’énergie. Selon ce raisonnement, un tiers seulement de la population mondiale actuelle pourrait être approvisionné en énergie, pourvu qu’à l’avenir, la consommation d’énergie soit égale pour chaque habitant du monde. Selon ce scénario, les Pays-Bas devraient exiger, avec cinq millions d’habitants, une quote-part du besoin d’énergie mondiale, sauf si nous acceptons une consommation d’énergie plus réduite par habitant.

8. L’eau

La disponibilité en eau potable est un des facteurs les plus importants pour la croissance démographique dans le monde. À peu près 10 % de toute l’eau évaporée, ce qui représente environ 49 000 km3, retombe sur le sol comme de la pluie ou de la neige. Environ les deux tiers de toute l’eau tombée sur le sol coulent directement à la mer par les rivières. L’eau de pluie disponible pour l’homme est évaluée à 9 000-14 000 km3 par année (1 km3 = 1 milliard de m3).

À cause de la croissance démographique, la disponibilité en eau par habitant a baissé de 16 000 m3 par année par personne depuis 1950 à 7 400 m3 en 1990. Il est question d’un partage très inégal de l’eau entre les divers pays. À l’heure actuelle, les Islandais possèdent plus de 600.000 m3 par habitant par année, les Koweitiens n’ont que 75 m3 à leur disposition. La Chine et le Canada reçoivent par hectare la même quantité d’eau, mais en moyenne un Canadien a cinquante fois plus d’eau à sa disposition qu’un Chinois.

Aux États-Unis, la consommation moyenne est de 700 litres par personne et par jour, au Sénégal moins de 30 litres. La consommation personnelle d’eau augmente avec l’augmentation de la prospérité. L’hydrologue suédois Malin Falkenmark a dressé des normes pour la consommation d’eau potable. Ainsi, il a calculé que 100 litres d’eau par personne par jour sont le minimum pour mener une vie saine. Il a dressé aussi d’autres normes pour les besoins den eau potable : en moyenne 2.000 m3 par habitant par an est une quantité nécessaire pour l’homme. La consommation pour l’agriculture et l’industrie y est comprise. Si la quantité d’eau baisse à une moyenne de 1 700 m3 par habitant, il faudra prendre garde. Une baisse au-dessous de 1 000 m3 nuira à la santé de l’homme et au développement économique d’un pays. Cette norme Falkenmark de 1 000 m3 est utilisée par la Banque Mondiale, qui subventionne des projets d’irrigation. Un niveau au-dessous de 500 m3 signifie un manque absolu.

Le manque d’eau peut mener à des conflits entre des nations qui soutirent leur eau potable du même fleuve. Quelques-unes de ces nations dépendent complètement ou en grande partie de l’eau d’un fleuve. L’Égypte, par exemple, dépend pour 97 % de l’eau du Nil. 89 % de l’eau potable des Pays-Bas proviennent des fleuves et le Cambodge dépend pour 82 % de l’eau des rivières. La vulnérabilité de ces pays est évidente.

L’eau souterraine est le substitut de l’eau de pluie. Mais cette eau ne peut pas être consommée éternellement. En Amérique du Nord, beaucoup d’eau souterraine est utilisée pour toutes sortes de finalités. Il faut se servir de pompes toujours plus puissantes, jusqu’au moment où elles ne seront plus rentables. Aux Pays-Bas aussi, la disponibilité de l’eau potable est en train d’être un problème. L’infiltration de surface ne suffit plus pour répondre aux besoins. Trois exemples pour illustrer que l’on ne ménage pas sa peine pour obtenir de l’eau : dans les dunes, on s’occupe de percolation profonde, en Twente, de l’eau souterraine est pompée d’une profondeur de 20 mètres, et aux environs de Barneveld on pompe de l’eau qui est tombée en pluie il y a 5 000 ans.

Il faut observer que la qualité de l’eau est incroyablement importante. Une plus grande disponibilité de l’eau, indiquée en mètres cubes, peut facilement être synonyme d’aggravation de la qualité de l’eau. Il est évident que de nombreuses maladies peuvent être répandues facilement par de l’eau polluée. Comme déjà mentionné ci-dessus la quantité estimée d’eau disponible au niveau mondial est approximativement de 10 000 milliards de m3 ou 10 000 km3. S’agissant d’une consommation de 2.000 m3 par personne, une population mondiale de 5 milliards d’individus pourrait mener une vie optimale. Avec 1.700 m3 par habitant (le niveau d’alerte), 6 milliards au total pourraient vivre, mais ceci n’est absolument pas optimal. Mais comme l’approvisionnement en eau dépend du caractère local, un seuil optimum démographique ne peut être fixé qu’au niveau régional ou national. Ainsi, le nombre d’habitants en Égypte, par exemple, devrait baisser de 70 à 30 millions de personnes pour garantir une vie optimale pour tous les habitants. Au Maroc, le nombre devrait baisser de 30 à 14 millions d’habitants, en Pologne et au Rwanda, de 8 à 3 millions. Les Pays-Bas ensuite, de 16 à 10 millions. Du reste, Mme M. Weld signale que certains pays sous-développés, qui ont un manque d’eau et de denrées alimentaires, utilisent pour des buts industriels de l’eau qui serait bien utile pour l’agriculture.

Il est intéressant de savoir que selon Mme Sandra Postel, il faut 1.000 tonnes d’eau pour pouvoir récolter une tonne de blé sur une terre arable irriguée. 16 % de toutes les terres arables dans le monde sont irriguées. Ces 16 % produisent 40 % de la production mondiale de blé. En 1995, chaque habitant du globe consommait indirectement (par la viande) ou directement 300 kg de blé. Cette quantité de 300 kg par habitant restera au moins constante, mais la population augmentera de 5 à 6 milliards de personnes. Déjà pour la croissance annuelle de 90 millions d’habitants, il faudra tout simplement la quantité de 27 millions de  tonnes de blé, ce qui implique que l’on aura besoin de 27 milliards de mètres cubes (c’est-à-dire 27 km3) d’eau en plus.

9. La disponibilité de terres arables.

On a fait plusieurs efforts pour quantifier les problèmes agricoles. En règle générale des chiffres fixes ne se trouvent pas dans la littérature. Néanmoins, voici quelques chiffres : Vaclav Smil, de l’Université de Manitoba, a calculé qu’un régime plutôt végétarien exige 0,07 ha de terre arable par personne.

David Pimentel, de la Cornell University, a calculé qu’il faut 0,5 ha par personne pour un régime varié sans application temporaire d’engrais chimique et de pesticides (1 km2 = 100 ha).

La F.A.O. estime que toute la terre est utilisable comme terre arable, sans tenir compte de facteurs comme le climat et la qualité du sol. La terre marginale peut être utilisée pour y cultiver des plantes, mais ce n’est pas possible à long terme. Les paysans sont bien vite forcés à déménager à cause de l’érosion et des tempêtes de poussière. De la même façon, le déboisement des forêts vierges pour l’utilisation de la terre comme prairie pour le bétail n’est pas une solution durable.

Dans le processus décisionnel d’une organisation des Nations Unies, un point de vue sur les problèmes agricoles qui s’écarte fondamentalement des opinions de la majorité devra presque toujours s’effacer au profit d’un compromis banal entre les 150 gouvernements membres. Ainsi, selon la F.A.O., qui se base sur d’autres qualifications que les nations concernées elles-mêmes, l’Australie aurait 49 millions d’hectares utilisables pour l’agriculture et le Canada en aurait 46 millions. Faisant suite à ces chiffres de la F.A.O. et selon la formule Pimentel, l’Australie pourrait nourrir 98 millions de personnes et le Canada 92 millions.

Des organisations au Canada même, qui ont divisé leurs terres arables en trois catégories : bonne, médiocre et mauvaise, ont conclu qu’en fait il n’y a que 4,1 millions hectares de terres utilisables pour l’agriculture. En Australie, on a divisé la terre arable en cinq catégories et on a calculé que là-bas seulement 2,3 millions d’hectares sont exploitables pour l’agriculture.

À la base de ces chiffres récents, selon Pimentel, il n’y aurait place que pour 4,6 millions d’habitants en Australie. C’est à croire que des nations comme le Canada et l’Australie, qui exportent de grandes masses de blé, seraient tenues moralement de tenir leur population au niveau inférieur. À qui d’autres les nations affamées pourraient-elles s’adresser ?

Si les normes Pimentel devaient être appliquées aux Pays-Bas, c’est-à-dire 0,5 ha de terres productives par personne, il suffit de savoir combien de terres productives aux Pays-Bas sont disponibles pour l’autoravitaillement, pour pouvoir calculer le nombre d’habitants en les divisant par 0,5 ha. Mais il faut tenir compte du fait que beaucoup de terres productives sont utilisées pour des terrains de sport, des territoires pour la nature, du sol pour la culture des plantes d’exportation et de terres pour l’industrie laitière pour l’exportation.

10. Les évaluations de nourriture

Il existe de multiples opinions sur les besoins alimentaires futurs. Gretchen Daily, chercheuse scientifique au « Center for Conservation Biology  » (Centre de biologique conservatoire) de l’Université de Stanford a fait des recherches. Il est tragique de constater que cette multiplicité d’opinions dans la littérature peut être attribuée à une défaillance sur le terrain politique. Il n’y a aucun analyste qui puisse comprendre tous les aspects de la complexité du système socioéconomique naturel qui sous-tendent l’agriculture. Il s’agit ici des aspects comme le climat, le sol, l’hydrologie, l’énergie, le commerce international, la politique agraire, la politique sociale et économique au sens large, la technologie et la culture. Il est encore plus difficile de formuler un point de vue holistique intégré pour un système tellement compliqué comme la nourriture.

A. Optimisme

Dans une étude récente, la F.A.O. a chiffré une augmentation des produits alimentaires de 1,8 % par an pour les vingt prochaines années, une baisse du nombre de personnes sous-alimentées chroniquement en Asie du Sud de 24 % à 12 %, et en 2010 une augmentation de l’apport alimentaire de 2.500 à 3.000 calories en Asie orientale, au Proche-Orient, en Afrique du Nord et en Amérique latine. Le pronostic est qu’en 2020 il n’y aura plus que 650 millions de personnes qui seront sous-alimentées au lieu de 800 millions de nos jours. Cette étude ne traite guère des érosions redoublantes.

Dans son article « Population and Food » (Population et nourriture), le professeur Tim Dyson, de la London School of Economics, met en doute l’optimisme modéré et cynique de la F.A.O. Mais malgré l’augmentation de la consommation de denrées alimentaires par personne dans la plupart des régions, il s’attend à ce que la consommation moyenne par personne reste en baisse, parce que la population augmente justement dans les pays qui ont la situation alimentaire la plus mauvaise.

B. Pessimisme

Selon Lester Brown, du Worldwatch Institute il y a un marasme dans la production mondiale de denrées alimentaires résultant de trois causes. Premièrement, il y a une baisse du nombre de terrains agricoles à cause de l’érosion et de l’urbanisation. Il n’y aura plus que 0,27 ha de terres agricoles disponibles par habitant. Ceci est presque la moitié de ce qui est nécessaire selon Pimentel : 0,5 ha pour la culture suffisante pour un régime varié. 80 % du déboisement continu sont causés par l’homme, toujours à la recherche de nouveaux terrains pour l’agriculture.

Deuxièmement, il est question d’une diminution de l’utilisation des engrais chimiques dont les effets nuisibles sont toujours plus reconnus. L’agriculture intensive dépend largement des moyens comme les engrais chimiques, qui pour la plupart sont produits à partir de matières premières fossiles qui sont limitées, et qui un jour ne seront donc plus disponibles.

Troisièmement, on constate une disponibilité stationnaire de l’eau pour l’irrigation. Tout ceci fait que la production agricole a passé son sommet et est en baisse.

Dans le dernier livre de Lester Brown, la Chine est un banc d’essai important. Même si le régime alimentaire chinois augmentait d’un seul poisson par semaine, ceci signifierait 1,2 milliard de poissons en plus par semaine. Une telle amélioration de l’apport alimentaire aurait des conséquences énormes. Si les Chinois venaient à consommer autant de poissons par personne que les Japonais, la pêche mondiale ne suffirait guère pour approvisionner toute la Chine. La demande chinoise de blés a mené à une forte augmentation du prix mondial de ceux-ci. Le standard de vie en Chine augmente rapidement. En termes économiques, il y a maintenant quatre Chine là où il n’y avait qu’une seule Chine il y a 17 ans.

Pour la détermination des critères pour un nombre optimal de population, les considérations suivantes sont d’importance.

Pour la détermination d’un régime quotidien – quelle que soit la variante – il faudrait au moins 3.000 calories par personne.

La plupart des produits alimentaires devraient provenir de la production locale.

Il devrait y avoir assez de nourriture pour la soudure d’une période de manque, par exemple à cause d’une sécheresse ou d’un mauvais calcul.

L’agriculture ne devrait pas dépendre de sources d’énergie limitées.

Étant donné ces restrictions, il semble improbable qu’une population mondiale optimale puisse dépasser les trois milliards de personnes.

11. La diversité biologique et la densité optimale de diffusion.

Ces trois derniers siècles, l’homme a contribué toujours plus à la réduction du nombre d’espèces animales. Parmi les dizaines de millions d’espèces, 1,4 million d’entre elles ont été classées. Chaque année, des dizaines d’espèces sont en voie d’extinction. La diversité biologique des écosystèmes est nécessaire pour la régulation des processus physicochimiques essentiels comme le climat, le traitement des déchets, la réutilisation des matières alimentaires essentielles, la pollinisation des plantes et la protection contre les maladies. La diversité biologique des écosystèmes est aussi nécessaire pour les ressources naturelles comme le sont l’eau potable, le terreau et l’atmosphère.

Edward Wilson a exprimé une hypothèse inquiétante : « Si les insectes et d’autres arthropodes qui vivent sur la terre disparaissaient par une catastrophe, les hommes et les autres mammifères, les oiseaux, les reptiles et les amphibies seraient en voie d’extinction en moins de quelques mois ! ».

Densité optimale de diffusion

Pour des raisons assez arbitraires, Joel Cohen calcule un rapport idéal d’un seul éléphant par tranches de 1 000 personnes et d’un seul rorqual bleu par tranches de 8 000 personnes. Voilà un effort assez joli pour défendre les animaux. Mais la conséquence de l’installation d’espace suffisant pour vivre pour des animaux comme les éléphants, les tigres et les rhinocéros dans les régions tropicales pourrait être que les habitants de ces contrées devraient déménager ailleurs pour céder de la place. Pour la survie du tigre sibérien, par exemple, établir une seule réserve naturelle ne suffira en aucun cas. En outre, des îlots de population causeraient la consanguinité par un manque d’échange génétique, outre le fait qu’une population isolée peut disparaître d’un coup par une quelconque calamité. Ce qui s’applique aux grands animaux, s’applique – mutatis mutandis – aussi aux petits animaux, et même aux insectes. Pour la survie de certaines espèces de coléoptères, de longues voies de liaison sont nécessaires. Un viaduc pour les cerfs ou un tunnel pour les blaireaux comme contribution à la conservation du monde animal est une bonne chose, mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. Il n’est pas intelligent non plus de penser qu’un oiseau aquatique fera un détour pour éviter un territoire marin couvert de mazout, et cela pour sauver sa vie en péril. Quel pourcentage de notre territoire néerlandais est-il réservé à des terrains naturels ? Autrement dit, combien de kilomètres carrés suffisent pour la nature sauvage ? Ou en d’autres termes : combien voulons-nous redonner à la nature de tout ce que nous avons confisqué pour des demeures et des autoroutes ? Faire ces calculs est un défi.

12. La terre productive écologiquement.

Les termes « terre productive écologiquement » sont traités en détail par Rees et Wackernagel dans « Our ecological footprints » (Nos empreintes écologiques). Il s’agit du flot naturel des « marchandises et services » nécessaires à entretenir la vie humaine et animale sur terre. Ce flot de marchandises et de services peut être considéré comme « revenu du capital naturel ». Chaque système écologique peut – avec sa propre structure et sa propre diversité – procurer un flux continu de capital naturel qui est déterminant pour vivre dans un tel système écologique.

La quantité de terres nécessaires à un homme pour se procurer d’une manière biologique et durable ses besoins de consommation est déterminée par ses besoins de consommation. Ces besoins de consommation sont divisés en sept catégories principales : la nourriture, le logement, l’énergie, le transport, les articles de consommation et les services pour le développement, et la santé. Pour se procurer tous ces besoins, il faut du territoire. Le territoire nécessaire pour la reproduction des ressources consommées sur une base continue et pour assimiler les déchets produits s’appelle un territoire productif écologiquement. La quantité de territoire productif écologiquement dont une certaine société humaine a besoin est déterminée comme étant « l’empreinte écologique » et peut être distinguée selon le type de végétation et la capacité de stockage et du traitement des déchets de la société.

Grâce aux progrès techniques, nous nous sommes procuré plus d’espace, et maintenant nous sommes en train de remplir cet espace. Les Pays-Bas en sont l’exemple classique.

Notre globe possède 14,5 milliards d’hectares de terre et 36 milliards d’hectares de mer. Après la déduction des calottes glaciaires, des déserts, des territoires arides et semi-arides et de la terre en friche, il ne reste que 8,9 milliards d’hectares pour l’utilisation par l’homme. Pour le résultat de terres disponibles par habitant, il y a une grande différence si nous divisons ces hectares productifs par le nombre actuel de 6 milliards de personnes au monde ou par 10 milliards à l’avenir. Par personne et par genre de société, les besoins de terres pourront différer énormément, mais il existe une tendance indéniable d’augmentation de demandes « d’espace vital » au fur et à mesure de l’augmentation des revenus.

Plus qu’il n’est strictement raisonnable, l’homme fait souvent appel à la terre et à son grand nombre de ressources. Si une période d’appel irraisonnable et conséquente dure trop longtemps, il est question de culture épuisante : le terrain deviendra toujours moins productif. Au lieu de cela, l’homme devrait conserver son capital naturel pour vivre des intérêts. La réalité est qu’un pays comme les Pays-Bas vit en grande majorité du capital des autres. Les Pays-Bas « exploitent » une surface de territoire qui est largement plus grande que celle de notre propre pays. La plupart des pays occidentaux vivent de telles « empreintes » trop vastes, sauf la Norvège, la Suède et le Canada.

MM. Rees et Wackernagel constatent que l’homme nécessite environ 1 ha de terre pour la production écologique de l’énergie aquatique, éolienne, solaire ou pour la culture de plantes qui pourraient remplacer des combustibles fossiles. Comme exemple de ceci, ils mentionnent l’éthanol. Un hectare produirait assez d’éthanol pour une production annuelle d’énergie de 100 GJ. Un seul hectare pourrait produire le besoin d’énergie de 3 kWh pour une seule personne. La production par hectare pourrait s’élever en cas d’hydroélectricité et d’énergie éolienne, et l’exploitation de la terre serait plus économique. Réservons donc 1 hectare par personne pour l’exploitation d’énergie écologique.

M. Willey constate qu’il faut 1 hectare de forêt tropicale par personne pour l’absorption du CO2 qui se produit lors de la production d’énergie par la combustion au niveau de 100 GJ par an. De plus, il y a l’absorption naturelle du CO2 par le plancton et les algues dans les océans, ce qui équivaut à une « baisse de CO2 » importante à côté des forêts tropicales. Il conclut qu’il faut 1 à 2 hectares de terrain par personne pour la production des denrées alimentaires et pour tout ce qui est aussi nécessaire à la vie de l’homme. Selon ce raisonnement global, il resterait de l’espace pour 5 à 7 millions d’habitants aux Pays-Bas.

Si nous nous soucions de l’écologie dans un monde meilleur, ce qui signifie la conservation de la terre et le bien-être des hommes, des animaux et de la végétation, l’empreinte écologique devrait être au moins de 3 hectares par personne. Naturellement, il reste des côtés flous à un tel raisonnement, mais l’ensemble des idées indique une direction claire. Si nous projetons ces chiffres par rapport à la situation néerlandaise, nous pouvons constater que la population actuelle occupe maintenant une surface terrestre de 15 à 20 fois la surface même des Pays-Bas. Selon Rees et Wackernagel, les revendications actuelles de la population mondiale envers les matières premières et la nature surmontent de loin les possibilités de notre globe.

13. Le transport des aliments
La distance entre le producteur des denrées alimentaires et le consommateur augmente toujours. Par exemple, des pommes de la Nouvelle-Zélande traversent une distance de 22.000 km vers l’Angleterre et des haricots du Kenya font un voyage de 6.400 km vers l’Angleterre. Depuis 1978, la distance, en Angleterre, du trafic de marchandises entre le producteur et le consommateur a augmenté de plus de 50 %. L’augmentation du trafic de marchandises pour les denrées alimentaires, les boissons et le tabac est fixée à plus de 33 %. Pour la plupart des pays de l’Union européenne, ce n’est pas différent.
Les frais de transport pour les cargaisons de fruits de la Nouvelle-Zélande à Anvers sont moins onéreux que les frais de transport de la même cargaison d’Anvers à Cologne. Les transports à grande distance des denrées alimentaires exigent une masse d’énergie. Ces transports ne sont possibles que par les faibles coûts des combustibles fossiles pour le bateau et l’avion, car ils ne représentent pas les coûts réels des combustibles utilisés, à la différence des transports routiers à courte distance.

Le transport à longue distance des alimentations exige plus d’emballage que le transport des denrées alimentaires produites pour la consommation locale ou régionale. Les deux tiers du total de tous les emballages servent au transport à longue distance des denrées alimentaires, pour la protection et la conservation de ces denrées et boissons. D’autres frais qui ne sont pas indiqués dans les prix de la nourriture sont la pollution du sol, de l’eau et de l’atmosphère dans le pays d’exportation.
Un exemple : le jus d’orange du Brésil. Pour chaque tonne de jus du Brésil consommée en Allemagne, il faut au moins 25 tonnes de matériel, y compris 22 tonnes d’eau et 0,1 tonne de combustibles. Il faudrait 130.000 km2 pour la production de toutes ces oranges si le niveau de consommation allemand était adopté par la population mondiale dans sa totalité. Le jus de cassis produit en Allemagne contient autant de vitamines que le jus d’orange du Brésil. Mais pour le jus de cassis, il faut moins de ressources,  parce que ce jus est produit sans ou presque sans matières nuisibles. Pour la production des cassis en Allemagne, il ne faut pas d’irrigation, et sa consommation exige beaucoup moins de transport que pour le jus du Brésil.

Afin de limiter le transport des denrées alimentaires, la production devrait avoir lieu autant que possible dans le pays même ou dans des régions avoisinantes. De cette façon, un pays ou une contrée donnés nécessitent bien plus de km2 de terres arables que lorsque ces denrées sont importées. En d’autres termes, si, par exemple, les Pays-Bas n’importent plus de produits comme des oranges ou des kiwis, la nécessité de 0,5 ha de terrain productif par personne va légèrement augmenter. Mais en revanche, on pourra épargner notablement de l’emballage et de l’énergie pour le transport des denrées. Bien que ce ne soit pas possible en ce moment, il serait intéressant de mesurer la quantité de matériel d’emballage et d’énergie qu’un Néerlandais pourrait épargner. La réponse à la question de savoir à quel point cela donnerait de l’énergie disponible pour les pays moins favorisés serait révélatrice.

14. Les critères spéciaux
Cette catégorie de critères pourra contenir une liste presque infinie de sujets ; en effet, c’est tout ce qui est censé pouvoir influencer la qualité de la vie humaine. Les sujets traités ne sont donc plus qu’un choix parmi la multitude.
La liste des sujets répertoriés ici n’a qu’un seul but en effet : démontrer que les hommes, du fait de leur grand nombre, limitent les possibilités de choix pour eux-mêmes et les autres individus.

15. La liberté
Les données de la liberté sont pour une grande part fondées sur Jack Parsons, un des apôtres de la thèse que la croissance démographique mène plutôt à une diminution qu’à une augmentation de la liberté. La liberté de chaque homme se compose de libertés partielles, qui, dans une certaine mesure, se font la concurrence entre elles. En outre, la liberté de chacun est limitée par la liberté des autres. Plus de liberté attribuée ou exigée par une personne pourra résulter en moins de liberté pour les autres personnes. La liberté est une question d’appréciation, d’équilibre et de réciprocité, et pourra uniquement être développée et exécutée dans un contexte social. Selon John Stuart Mill, la société a son mot à dire sur la liberté individuelle. La question centrale qui se présente est de savoir si la prospérité générale augmente oui ou non quand la société s’occupe de la liberté individuelle.

Un point sensible pour la « liberté partielle » est la reproduction. La croissance démographique peut nuire à pas mal d’autres libertés partielles et pourra attaquer les libertés fondamentales.

Dans ce contexte, le planning démographique ne signifie pas une infraction à la liberté de se reproduire, mais plutôt une mise en sécurité des autres libertés. De nos jours, le droit de se reproduire est universel. Il en résulte naturellement que, tout à coup, la société moderne pourrait avoir besoin de myriades de demeures. Avoir des enfants est souvent une question de nécessité économique, d’encouragement religieux, de nécessité d’un régime de retraite pour les non-salariés, de pression idéologique ou de besoin financier. Il devrait être possible avoir des enfants hors de ces éléments de pression. En tout cas, le contrôle des naissances dépend de la formation d’une opinion à ce propos. Aux Pays-Bas, plus qu’à l’heure actuelle, il y eut une période durant laquelle le contrôle des naissances fit l’objet d’une discussion. C’était aussi le cas pendant la période du Rapport Muntendam, au milieu des années 1970. Les conclusions de ce rapport n’ont jamais été mises en pratique, parce qu’à ce moment, l’on pensait que l’effet de la pilule allait se manifester. En outre, l'angoisse religieuse augmentait la réticence envers le Rapport Muntendam. Lorsque la société multiculturelle allait se manifester, le contrôle des naissances fut mis à part par une vision politique de court terme.

16. La mobilité
La capacité de se déplacer rapidement et confortablement avec ou sans bagages donne à l’homme l’impression de la liberté. Mais cette mobilité est restreinte par la croissance de l’économie, l’amplitude de la population et la possession de voitures. Le réseau routier n’est plus capable d’absorber la circulation, toujours en augmentation. Le total des voitures a augmenté dans le monde de 40 millions d’autos par an à 700 millions d’autos à l’heure actuelle. En 1907, à New York, avec la traction chevaline, on avançait plus vite qu’à l’heure actuelle en auto.
Dans nos villes où l’on compte toujours plus, celui qui est pressé fait mieux de se déplacer à bicyclette. L’augmentation du parc automobile dans nos villes signifie une diminution plutôt qu’une amélioration de notre mobilité.
Nous ne réussissons pas à chasser les personnes de leurs voitures. La « concentration » des sociétés plus compactes par de bonnes correspondances entre la demeure, le travail et les approvisionnements a des résultats plus effectifs. Il ne s’agit alors pas de la mobilité en soi, mais de l’accessibilité.
La liberté de la voiture individuelle disparaît si la circulation s’échoue sur les routes embouteillées dans un pays surpeuplé. Quelle peut être l’ampleur d’une population si l’on veut maintenir une mobilité raisonnable ? On peut calculer combien de voitures le réseau autoroutier peut accepter si elles se déplacent à une certaine vitesse raisonnable. Et en comptant deux personnes par auto, on pourra alors fixer l’optimum désirable.

Une autre question est de savoir combien de kilomètres d’autoroutes sont acceptables au maximum dans un pays. Ou, en d’autres termes : Quel est le pourcentage du sol total qui, raisonnablement, est exploitable pour la circulation, de sorte qu’il reste encore assez de territoire pour la nature, l’urbanisation, le travail et la récréation ? Autrefois, hors des villes, il y avait simplement de l’espace, de la nature libre, du calme. Cette perte de valeurs immatérielles n’est naturellement pas négligée par une détermination de critères. Seulement, si la population néerlandaise dit « non » en masse à l’aéroport d’Amsterdam, l’extension de l’aéroport va être terminée. Mais ce stade ne sera franchi qu’après le moment où il est question de prise de conscience commune.

17. La récréation
L’Angleterre compte 24.000 terrains de football, de rugby, de hockey et de cricket. Ces terrains couvrent 61.000 ha de pré, ce qui fait environ 0,5 % du territoire anglais. Pour les Pays-Bas et les autres pays européens, on compte le même pourcentage.
La demande des terrains de golf exige toujours plus de terrains. Un club de golf d’une certaine importance en Angleterre a besoin de 50 à 100 ha, et un certain nombre de pièces d’eau en plus. Ce qui vaut pour le golf concerne – mutatis mutandis – aussi les autres sports.
Entre 1980 et 1990, aux États-Unis, le nombre de clubs de golf augmentait de 17 %. En 1990, 25 millions de joueurs étaient membres de 15 000 clubs de golf. On s’attend à ce que vers 2000 il y aura 400 clubs de plus. L’Angleterre possède 2 500 clubs de golf avec 2 millions de joueurs. Au Japon, il y a 12 millions de joueurs de golf. Combien y en aura-t-il en Chine dans quelque temps ?
Partons du postulat que 10 % de la population mondiale joueront au golf dans le futur, et qu’il faudra 100 ha pour chaque club de 2.000 personnes : on finira à 300.000 clubs avec 30 millions d’hectares de terrain ce qui équivaut à 0,4 % de terres productives écologiquement en total. Avec un tel besoin, le globe sera rempli avec 2 milliards de personnes.

Des balades à pied en montagne peuvent nuire sévèrement à l’environnement. Beaucoup de dommages sont causés pendant des randonnées ordinaires dans l’Himalaya, les Andes et en Afrique. Le déboisement surtout, pour le combustible qui n’est pas emporté lors de ces randonnées, favorise l’érosion. Un nombre toujours grandissant de personnes (on l’estime à 25.000 randonneurs par année) veulent faire les randonnées bien connues vers le mont Everest. Supposons que – étant donné les revenus, la capacité et l’intérêt de l’homme – une personne sur 500 veut faire dans sa vie cette randonnée au mont Everest, et si nous considérons le nombre de 25.000 personnes par an comme justifié, ceci ne serait possible qu’en cas d’une population optimale d’un milliard de personnes.

Pour les sports un peu moins nuisibles, mais très populaires, on trouve le ski. Le dommage est causé ici par la coupe des arbres pour les pentes de ski, qui provoquent l’érosion, par les déplacements en masse en auto et en avion, l’usage des canons à neige qui, par leurs besoins de masses d’eau, causent des transformations de la végétation, et surtout par les changements de l’infrastructure pour la construction des routes et des hôtels. La capacité actuelle pour faire du ski dans les régions alpestres équivaut plus ou moins à la demande européenne de l’heure actuelle. On peut se demander si les Alpes ont maintenant déjà atteint le sommet de leur capacité. Il y a 8 millions de skieurs japonais qui ne peuvent être servis dans leur propre pays, et combien de Chinois, d’Américains et d’Indiens viennent chercher leur plaisir de skier en Europe ?
Si le pourcentage de skieurs auquel l’Europe peut faire face est placé face à la demande croissante de l’Europe même, il n’y pourrait vivre plus de 100 millions d’habitants.

Selon le « Wereldraad voor Reizen en Toerisme » (Conseil mondial des voyages et du tourisme) à Bruxelles, le tourisme est la plus grande industrie mondiale, et elle s’accroît 23 % plus vite que l’économie mondiale en général. En 1995, 530 millions de personnes passaient leurs vacances à l’étranger et y avaient dépensé 321 milliards de dollars. On s’attend à ce qu’en 2000, plus de 20 millions de Japonais aillent faire un voyage à l’étranger. Une compagnie japonaise (Shimizu) a l’intention d’installer un hôtel sur la lune ainsi qu’un hôtel spatial sur orbite.
Quelques destinations de vacances et des attractions touristiques ont été obligées de limiter l’afflux de visiteurs, en conséquence des dommages causés. Pensons à Stonehenge, Lascaux, Athènes, Venise et les tombeaux dans la Vallée des Rois en Égypte.
Les parcs nationaux ne peuvent guère accepter le flux de touristes. Chaque année, le Grand Canyon reçoit 4,7 millions de visiteurs. Le temps d’attente pour une excursion avec un radeau sur le fleuve Colorado est 9 ans. Par la force des choses, les parcs naturels britanniques ne font plus de publicité. La question qui se pose est : comment doit-on calculer le maximum ou l’optimum des visiteurs pour ce genre des terrains ou d’événements ?

18. Les moyens d’y arriver
Pour une amplitude basse de la population et une consommation minimale par habitant, les effets des gestions humaines sur l’environnement seraient faibles. Tant que ces effets sur l’environnement sont faibles, ils pourront facilement être résolus par des processus naturels sans qu’il se produise une perturbation à la longue. On peut parler d’une société humaine durable qui ne dépasse pas les moyens de possibilité du système naturel et qui ne nuit pas à l’environnement.

Si l’on multiplie pour une certaine contrée, un pays ou une région, la consommation par habitant (C)  par la suppression de l’environnement (T) et si le résultat de ce calcul est multiplié par le nombre de consommateurs dans un tel pays ou région (P), il en résultera la suppression totale de l’environnement pour toute une contrée ou région, l’impact (I).
La formule est alors : P x C x T = I.

La diminution de la consommation par habitant ne semble pas très crédible, vu les espoirs déçus à ce sujet. On ne peut exiger décemment des personnes pauvres qu’elles se serrent encore plus la ceinture. La classe moyenne qui monte rapidement, comme les Chinois, exige simplement son réfrigérateur, son auto et sa machine à laver. Les riches en Occident ne veulent pas reculer, mais se concentrent sur la croissance économique et sur l’amélioration de leur pouvoir d’achat. Selon Norman Myjers, la diminution de la consommation est uniquement acceptée si elle se double d’innovations technologiques et d’une exploitation efficace de l’énergie. Selon cet auteur, nous serons forcés de prendre cette route.


Aux Pays-Bas, la fondation « Milieudefensie » (Défenseur de l’environnement) a calculé que les pays riches devraient baisser leur consommation pour garder leurs économies sans profiter toujours de l’espace des pays plus pauvres. La diminution souhaitée est fixée généralement à 70 %. Pour les Pays-Bas avec ses quasi 17 millions d’habitants, jusqu’à 2011, une diminution de 60 % de la consommation d’énergie par personne serait nécessaire. Pour l’eau potable, cette diminution serait de 38 %, pour l’aluminium, de 80 %, pour les surfaces agraires, de 45 %, et pour le bois, de 65 %. Chaque individu recevrait par jour un litre d’essence pour le transport, y compris les vols des vacances. En cas d’une diminution d’environ 50 % des consommations mentionnées ici, les Pays-Bas pourraient avoir à peu près 16 millions d’habitants, si la consommation actuelle continue donc, à peu près 8 millions.

Les possibilités techniques les plus récentes pour que la consommation humaine diminue sa pression sur l’environnement ne rendent pas optimiste. Il existe un nombre croissant de scientifiques de l’environnement qui espèrent pouvoir diminuer l’impact humain sur l’environnement au moyen de la technique. Un premier exemple provient des biotechnologues : ils pensent pouvoir synthétiser la cellulose. Ceci pourrait être la base de la production de papier et de coton.
Ensuite, il y a des savants qui veulent fertiliser les océans à l’aide de sulfate de fer. Ce procédé devrait diminuer les concentrations de dioxyde de carbone de 10 % ou plus. Un essai exécuté récemment dans l’océan Pacifique montrait une croissance dramatique des algues. Ces algues attirent en effet en grande masse les dioxydes de carbone.
Comme troisième exemple : on pourra – selon le « Rockey Mountains Institute of Colorado » – produire en grandes quantités de l’énergie grâce à de nouvelles piles à combustible polymères. Avec cela, une auto pourra faire 320 km avec 4,5 litres de carburant, tandis que le réseau public pourra être approvisionné par la production continue de l’électricité des autos immobiles.
Les pessimistes, au contraire, prétendent que la croissance continue de l’utilisation consumptrice va annihiler l’efficacité augmentée. Ainsi, l’utilisation des carburants aux États-Unis a augmenté grâce au ou malgré des moteurs d’autos mieux réglés.
Ils pensent aussi que les améliorations techniques mèneront à une augmentation de 75 % du P.I.B.

20. Conclusion
Malgré toutes les inventions et les équipements techniques, en 1968, seulement 1 milliard de personnes vivaient dans la prospérité, et 2,5 milliards ne connaissaient que la pauvreté. En 1990, le nombre de personnes dans la prospérité a augmenté à 1,2 milliard et aucune invention ou équipement technique n’a pu changer le fait qu’en 1990 presque 4,1 milliards de personnes vivaient dans la pauvreté.

La diminution de la population est en effet la plus effective là où la consommation par habitant augmente le plus, donc dans l’Occident riche. Si la population occidentale est disposée au contrôle des naissances, ce contrôle des naissances est peut-être neutralisé par des flux migratoires.

Une des questions qui se présentent immédiatement est de savoir comment maintenir les équipements sociaux alors que le nombre de ceux qui ont des moyens suffisants diminue sans cesse. L’autre question qui en découle est de savoir si ces équipements pourront bien être maintenus en cas de croissance illimitée de la population, et si la plupart de ces nouveaux habitants feront partie des plus démunis.
Du fait d’une diminution du nombre parmi tous les groupes de la population, il paraît logique qu’il se produise aussi une baisse proportionnelle des rentrées d’impôts, mais aussi une baisse proportionnelle de la demande en équipements sociaux. Une baisse des rentrées d’impôts pourra probablement être compensée, mais le maintien de l’infrastructure actuelle exigera probablement des contributions financières en hausse par personne. Le scénario de passage à une société moins peuplée est une question étrangère à cette étude.

Renvoi à la littérature

  • Pour notre thèse, nous nous sommes servis largement d’une étude, intitulée « Optimum Population for Europe », présentée par M. David Willey à l’« International Workshop on Population and Environment » à Rome, les 28 et 29 octobre 1996.
  • Nous avons aussi cité la conférence de Mme Madelin Weld intitulée « Confronting the Population Crisis, Responses to the Twenty-One Most Commonly Used Arguments to Confound the Issue », publiée à Ottawa en avril 1996 par l’organisation Global Population Concerns.

En outre, furent consultés :

  • « De Draagkracht van Nederland », document de base de la fondation Milieudefensie Nederland, Amsterdam 1994.
  • « Our Ecological Footprint », par Mathis Wackernagel et William Rees, New Society Publishers, Philadelphia, 1996.
  • « Food, Land, Population and U.S. Economy » par David Pimentel et Mario Giampietro dans le Clearing House Bulletin, Washington, 1994.
  • « Population and Food », par Tim Dyson, Routledge, Londres 1996.
  • International Monetary Statistics Yearbook, F.M.I., 1994.
  • « Renewable Energy : Economic and Environmental Issues », écrit par David Pimentel, Cornell University, 1994.
  • « The Popular Explosion », par Paul et Anne Ehrlich, Arrow Books, Londres 1991.
  • « Natural Resources and an Optimum Human Population », par David Pimentel, in Population and Environment : A Journal of Interdisciplinary Studies, Cornell University, 1994.
  • « Forging a Sustainable Water Strategy », in State of the World, par Sandra Postel, 1996, Earthscan, Londres 1996.
  • « Population and Water Resources : A Delicate Balance », in Population Bulletin, de Malin Falkenmark et Carl Widstrand, Population Reference Bureau, 1992.

2010

World population