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vendredi, 23 juillet 2010 22:39

Des « lemmings munis d’un passeport » ?

Prof. dr. ir. R.A.A. Oldeman, ancien professeur de sylviculture et d’écologie forestière, Université de Wageningen

Le mot « surpopulation » est souvent utilisé un peu à la légère, avec l’idée que tout le monde sait ce dont il s’agit. Cela, tout le monde le sait aussi, mais malheureusement, chacun sait quelque chose de différent.

Il y a confusion.

Le concept doit donc être disséqué pour voir ce qu’il contient.

Courbes de la population
Nous apprenons à l’école que jusqu’à l’époque napoléonienne, c’est-à-dire vers 1800, le monde n’était que peu peuplé, mais que la population s’est ensuite accrue de plus en plus vite. Et l’on déduit d’estimations comme celle de l’auteur grec Xénophon, parlant d’armées perses comptant des centaines de milliers d’hommes, que les Grecs de l’Antiquité ne savaient pas très bien compter. Ce jugement n’est toutefois pas exact.

Une étude de Jean-Charles Pichon (1973), portant entre autres sur les populations antiques de Rome et de la Chine, fait état d’une population mondiale d’à peu près trois milliards de personnes au IIIe siècle de notre ère. D’après des historiens comme Montesquieu (XVIIIe siècle), il y en avait encore autant vers 1100. Ensuite, la population a drastiquement diminué. En 1580, il restait encore 400 millions d’individus. Lentement, la croissance a repris. Les exhortations religieuses appelant à la multiplication des enfants datent des époques qui suivirent la peste noire, les mauvaises récoltes, les incendies et les guerres. Ce n’est qu’après 1930 que le chiffre de trois milliards fut de nouveau atteint.

La courbe démographique est en réalité une ligne en dents de scie. Des périodes de croissance menant vers un sommet, puis une stabilisation, sont toujours suivies par une chute vers des valeurs plus basses.

L’étude des forêts démontre cela aussi. Le dernier millénaire a connu un déboisement massif. En Amérique du Sud, par exemple, il ya des couches de charbon de bois de diverses épaisseurs sous la « forêt vierge ». Le mythe de la « forêt inviolée » n’est donc qu’une illusion.

La naissance, la croissance et le déclin des civilisations vont de pair avec le chiffre de la population. Durant les périodes de forte croissance, les gens louent leurs connaissances et leurs techniques « scientifiques » (Égypte, ± 2000 avant notre ère ; Égypte et Grèce au début de notre ère). Après une population d'abord stable et s'effondrant ensuite, les périodes religieuses suivent. Une époque de déclin est sombre et désastreuse pour les gens. Longtemps après, ils ne veulent rien savoir de tels « âges sombres ».

C’est le cadre de notre aspiration aux dix millions d’habitants. Tout habitant des Pays-Bas qui ne se rend pas compte de cela est un « lemming avec un passeport ». Notre population approche d’un sommet sur la ligne en dents de scie. Croire en une courbe de croissance simple et à la maîtrise de la nature ne nous sert à rien. C’est de la superstition.

La ligne en dents de scie des chiffres démographiques est inévitable
Les lignes en dents de scie apparaissent dans toutes les populations naturelles de plantes ou d’animaux. Cependant, beaucoup de personnes croient que les chiffres démographiques restent semblables dans la nature. Cette croyance repose certainement en partie sur des souvenirs collectifs amers de grandes hécatombes, il y des siècles. Ainsi, le concept de population grandissante ou stable a été élevé au rang de norme, bien que cela ne repose sur rien.

Dans les parcs animaliers, les bêtes sont nourries l’hiver, c’est pourquoi la contraction naturelle du nombre de cerfs ou de sangliers lors d’un hiver rude ne se fait pas. La chasse est aussi interdite, pour prévenir les lignes en dents de scie. Dans le monde végétal, on empêche cette contraction surtout pour les plantes alimentaires. Moins de production agricole signifie en effet la famine et la mortalité pour l’espèce humaine. Entre 1845 et 1847, le mildiou détruisit toutes les récoltes de pommes de terre en Irlande. La population comptait encore 8,2 millions d’individus en 1841. Près de la moitié moururent et un quart de ceux-ci émigrèrent en Amérique. En 1976, la population ne se montait toujours qu’à 4,4 millions.

Ce qui est décrit ci-dessus illustre la mauvaise gestion humaine des concentrations d’animaux et les conséquences horribles des mauvaises récoltes. Les espèces animales aux beaux grands yeux font vibrer la corde sensible des humains. Leur protection excessive ne repose sur aucun argument valable. Certaines espèces prolifèrent maintenant, toujours plus fortes, comme nos renards et nos corneilles. D’autres régressent, comme le moineau. La protection des plantes et des animaux, en soi vraiment urgente, se retourne contre elle-même telle qu’elle est pratiquée actuellement.

Deux des plus puissantes causes des problèmes de population humains sont la sentimentalité et l’angoisse. La peur secrète de la famine reste forte pour les survivants d’un hiver de famine. Nous nous identifions aussi par sentimentalisme avec toutes sortes d’animaux, alors que d’autres sortes sont détestées sans raison. Il n’y a pas d’Association pour la protection des vipères, de même que pour la plupart des variétés végétales, mais bien pour le cerf. La peur et le sentimentalisme sont mauvais conseillers. Ils diffèrent de leurs pôles contraires nécessaires, la prévoyance, l'amour et le respect pour ce qui vit, humains inclus.

Populations humaines, autres populations, surpopulations
C’est durant les périodes de guerre que la plupart des découvertes sont faites. L’ordinateur découle des viseurs de l’artillerie alliée. La peur d’avoir faim est un motif fort pour déclarer la guerre à la cruelle nature, à la mater, et ainsi à nous nourrir de façon durable. La « lutte pour la vie » (« struggle for life ») de Darwin exprime des pensées humaines belliqueuses, pas l’évolution naturelle.

L’utilisation humaine du sol, c’est la guerre. Tout ce qui est directement utile est conquis et soumis, le reste est insignifiant, à moins qu'il nous émeuve. Le mot « guerre » se rapporte maintenant aux populations, plus aux personnes. Donc, il y a une différence fondamentale entre le meurtre, pour lequel un individu est responsable, et tuer à la guerre, selon une décision collective qui gèle temporairement les interdictions normales. Cela arrive rarement, à savoir lorsqu’une population qui est la raison d'être de tous ses membres est réellement menacée. Le motif est, une fois de plus, la peur. Le néerlandais est la seule langue européenne qui a un verbe lugubre pour dire « mourir à la guerre » : « sneuvelen » ou « sneven » (« tomber au champ d’honneur »).

Ce n’est pas par coïncidence que depuis 1945, les Pays-Bas ont joué un rôle clé dans l'augmentation de la production mondiale agricole, autour de l'obtention des 10 millions. Le nom de Mansholt en est le symbole. Avec l'intensification de l'agriculture dans le monde, les forêts « naturelles », les savanes, les steppes et les mers n'ont pas commencé à mourir par coïncidence.

Dans une société humaine, il ne s'agit pas de la survie en tant que telle. L'aide internationale, limitée au concept « toit, pain, vêtements » est souvent ressentie comme injurieuse. Les expressions de la pensée telles que la musique, l’architecture, la gastronomie sont humaines. Nous partageons avec les animaux la nourriture, la reproduction et le sommeil. L’approche du sommet de la ligne en dents de scie signifie d'abord la progression de la population, grâce à laquelle le talent et le bien-être augmentent. Les armes sont inventées. Ainsi, Galilée a travaillé de son temps à l'Arsenal. Il découvrit le mouvement des planètes en comparant des trajectoires de boulets de canon.

La première solution aux problèmes de population est la conquête d’un pays afin de répartir ses propres ressortissants (le fameux « Lebensraum » des nazis). Cela amène des déplacements de populations et la colonisation. Tout près du point de la dent de scie, c’est dans l’ordre des choses. Il y a alors les inventions surtout destinées à l'intensification de la production sur les terres disponibles. Si elles atteignent leurs limites, les guerres suivent souvent, avec l'invention d’armes plus raffinées. Parfois il y a des guerres civiles, par lesquelles la population indigène est réduite, comme avec Pol Pot.

Le surpeuplement repose toujours sur la relation entre trois choses, à savoir : le nombre de la population, la superficie du pays disponible et les desiderata de la population, soit la culture locale dans la période historique concernée.

Aux Pays-Bas, la problématique de la « dent de scie » est flagrante. Le dilemme a été résolu à tour de rôle par les périodes de guerre ou de réflexion créatrice. Dans la mémoire collective, ces dernières sont appelées l’« âge » ou le « siècle d’or ». Maintenant, la superficie nationale ne peut plus grandir par la conquête. Il n’y a d’ailleurs plus beaucoup de paliers dans la hausse future de la productivité du pays. Dans un certain sens, nous habitons sur un tas de fumier vraiment malodorant. Quelqu’un a qualifié de « steppe de culture » nos paysages les plus courants. Toute la forêt néerlandaise est aménagée par l’homme. Seuls quelques bosquets ont surgi « par accident de la nature », du côté des Oostvaarders et Lepelaarsplassen (Flevoland).

Nous vivons certainement un âge d’or, riche en idées et découvertes. Mais aux Pays-Bas, la superficie disponible et l’utilisation des sols ont atteint les limites de leurs possibilités. Seul le chiffre de la population est peut-être encore influençable. Actuellement, une situation de guerre larvée interne couve, en vertu de laquelle de plus en plus de gens boivent outre mesure, se droguent ou font inutilement du vandalisme, une réponse primitive du « lemming avec un passeport ».

Le véritable passeport du lemming
La révolution de 1968 a balayé les vieilles structures et les vieilles idées. Celles-ci n'ont pu conduire convenablement la société mondiale changeante, surtout à cause de la surface du sol limitée et de la croissance effrénée de la population.

Nos vrais passeports à nous, lemmings, sont essentiellement les nouvelles solutions aux problèmes classiques. Aux Pays-Bas, on a l'habitude de regarder d'abord la restriction de nos attentes. Cela finit toutefois en impasse. Qui veut se débarrasser de son auto ou de son bateau de plaisance, ou accepter de ne pas recevoir de soins ? Les restrictions n’ont jadis réussi que dans des régimes totalitaires ou religieux, comme les empereurs de Chine ou les moines bouddhistes. Cela a souvent fonctionné durant des siècles, voire des millénaires, et a eu donc certainement le mérite de la longévité.

Sur notre liste de nos aspirations, on trouve écrits toutefois en lettres capitales la LIBERTÉ, la DÉMOCRATIE, le BIEN-ÊTRE, la PROSPÉRITÉ et la JUSTICE. Ceux-ci s'expriment de façon très immature dans notre société actuelle, donc contre-productive. La clé d’une politique démographique saine se trouve dans la volte-face de l'application de nos attentes. Au lieu de recevoir des avantages de notre pays, ces forces doivent être le moteur avec lequel nous le laissons convenablement. Cela ne peut se faire qu’en les plaçant au sein du contexte de notre société.

Ne plus dire « obtenir mon droit », mais plutôt « faire le droit et le recevoir en même temps ». Ne plus vouloir devenir riche, mais s’impliquer pour devenir citoyen d’un pays prospère. Ne plus dire « se résigner à laisser quelqu’un d’autre payer », mais s’en occuper, bien entendu. Ne plus dire « mon parti au pouvoir », mais le pouvoir de et pour tous, ce à quoi tout le monde se soumettra de bon gré. Ne plus dire « ma liberté c’est de faire ce que je veux », mais notre liberté, c’est-à-dire ensemble, faire ou laisser faire de la meilleure façon qui soit ou faire ce qui doit être fait et confier cela aux meilleurs.

Le mot « corruption » est aussi compris de tous, mais il ne signifie pas la même chose pour chacun. En latin, il signifie « dissolution, putréfaction ». Cela ne porte donc pas sur l'argent, mais sur la disparition de l'honnêteté, la sollicitude, la sympathie et des notions semblables. La forme corrompue a toujours d’abord été mise en première place, et la forme vivante ensuite.

Le progrès sur le chemin partant des idées et des procédures corrompues, et donc mortes, vers les manières de vivre rénovées et vivantes emportera de soi les solutions du problème démographique. Une première étape est de réfléchir sur les problèmes afin de les écrire dans les manuels scolaires, sur CD ou sur des sites internet. La génération scolaire actuelle devra résoudre le problème démographique dans la pratique. Plus que jamais, leur éducation en tant que personnes réfléchies et compatissantes est essentielle pour leur faire surmonter le stade du « lemming avec un passeport ».

C’est la pierre angulaire de toute mesure concernant la politique démographique.

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