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mardi, 31 mai 2011 11:58

Développement durable et croissance de la population en tant que problème mondial

S.W. Couwenberg, in Civis Mundi, avril 2008

1. Introduction
Si nous voulons remédier à la grande inégalité des chances de vie dans le monde conformément aux principes de justice qui forment le fondement de l’idéologie des droits de l’Homme, tels que visés dans les Objectifs du Millénaire des Nations unies,
y a-t-il un soutien écologique suffisant pour un tel réalignement de ces chances ? Si nous jugeons souhaitable une répartition équitable dans le monde du bien-être et des sources d’énergie et que nous ne voulons pas surcharger les capacités de la terre, on ne pourra plus échapper plus longtemps à une forte réduction de l’empreinte écologique de l’habitant moyen des riches pays occidentaux. Et cela vaut aussi pour la population mondiale, en forte croissance.
 
Il est évident que notre empreinte écologique est beaucoup plus grande que la part équitable de richesses en espace, air, eau et territoires auxquelles nous avons droit. L’empreinte écologique de l’Américain moyen est près de neuf fois plus importante que celle de l’habitant moyen d’un pays du tiers monde1. Si le reste du monde devait vivre aussi égoïstement que le riche Occident, nous aurions besoin de trois globes terrestres pour que cela soit possible. Une durabilité mondiale, ainsi qu’il en fut conclu dans un précédent numéro thématique à propos du développement durable2, exige un autre type de société, un autre cadre de pensée et une autre répartition des ressources terrestres.
 
Dans ce numéro, nous revenons plus en détail sur ce thème, étant donné l’urgence accrueconcernantlesoucigrandissantà propos duchangement climatique. Le but est aussi maintenant de mettre en cause la rapide croissance de la population mondiale qui, en tant qu’arrière-plan de cette problématique, ne retient qu’une attention insuffisante, et de rompre à cet égard le tabou ultime, qui repose encore sur le problème de la pression démographique croissante3. D’où l’attention particulière que je consacrerai à cela dans cette introduction et le regard porté sur la question faisant l’objet de la discussion, à savoir : cette croissance est-elle pertinente en tant qu’arrière-plan de la problématique de la durabilité ?
 
2. Les effets négatifs d’une population mondiale en croissance
Les chiffres suivants nous montrent la vitesse de la croissance de la population mondiale après 1800 : il a fallu attendre plusieurs dizaines de milliers d’années pour qu’elle atteigne le premier milliard, pour le deuxième milliard, il n’a même pas fallu cent ans, pour le troisième, trente-trois ans, pour le quatrième milliard, environ quatorze ans, treize ans pour le cinquième ; et le sixième fut atteint avant la fin du vingtième siècle, à savoir le 12 octobre 1999. Bien que les guerres aient coûté un nombre incroyable de vies humaines durant ce siècle, la population mondiale n’en est pas moins passée de 1,6 à 6 milliards d’êtres humains. Les limites de la capacité de régénération durable de la terre ont été dépassées pour la première fois. Jusqu’alors, l’humanité pouvait vivre sur les intérêts du capital naturel de la terre. Depuis, nous sommes en train d’entamer ce capital. La croissance toujours plus rapide de la population se reflète aussi dans l’expansion rapide des mégapoles (plus de dix millions d’habitants). Là où en 1900 il n’y en avait que 12, ce nombre est passé à 58 en 1950, 211 en 1975, et 408 en 2006. On peut citer des mégapoles comme Mexico City (plus de 20 millions d’habitants), New York, Istanbul, Le Caire, Mumbai et Tokyo.
 
La rapidité encore inconnue de la croissance de la population mondiale – entre 1950 et 2005 elle fut de 160 %, passant de 2,5 à environ 6 milliards de personnes, et devrait être d’environ 9 milliards en 2050 selon les prévisions – nous fait déjà connaître une série d’effets négatifs : il ya bien sûr une atteinte à notre environnement et à la qualité de vie, ainsi que l’épuisement des ressources terrestres mises à notre disposition – nous utilisons déjà annuellement 20 % de plus que ce que la terre peut produire – mais aussi une urbanisation excessive qui va de pair avec un exode rural, ce qui aboutit aux mégapoles précitées, où plus de la moitié de la population vit dans des bidonvilles, côtoyant de même le chômage, la pauvreté, la congestion de la circulation, les flux migratoires du sud vers le nord, etc. Je fais remarquer ici que cette urbanisation croissante de la population mondiale, d’après le rapport annuel du UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) de l’année dernière, est encore signalée à tort comme un grand problème. Depuis cette année, plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes. En 2030, on estime que ce chiffre se montera à 60 %. À ce moment-là, environ cinq milliards de personnes seront concernées. Les villes offrent, comme le dit ce rapport, plus d possibilités de croissance économique et plus de chances pour les gens d’échapper à la pauvreté et à l’isolement social.
 
La pauvreté de masse et le chômage dans de nombreuses parties du monde contraignent à une croissance économique et à un développement en expansion, qui forment à leur tour une part cruciale de la problématique de la durabilité. Cela a conduit à ce qu’une nouvelle dimension soit ajoutée à l’aspiration vers un développement économique continu comme conséquence de la croyance occidento-libérale au progrès, à savoir celle du développement durable. Cela revient à dire, en résumé, que le partage écologique de la terre ne peut pas être atteint. On part de l’hypothèse que la croissance économique continue peut non seulement très bien accompagner la conservation et l’amélioration de l’environnement, mais est même nécessaire pour pouvoir les financer. Le principal objectif est donc, selon les conclusions d’une vision libérale de la durabilité, de concilier croissance économique et protection de l’environnement. Sans développement économique, le soutien, les connaissances et le capital disponibles sont insuffisants pour la protection de l’environnement4. Une agréable situation win-win, donc. Dans le précédent numéro thématique précité sur le développement durable, cela a toutefois été remis en question, ou carrément nié. Au sein des cadres de pensée et de vie de notre société et de notre culture modernes, le développement durable n’est qu’une illusion pieuse, dénoncent ces critiques5. Le président français Nicolas Sarkozy, étiqueté de droite, qui avait qualifié il y a quelques années la problématique écologique comme étant un effet de mode, a entre-temps révisé son opinion et annoncé une grande mutation écologique en France.
 
3. Le droit à un développement durable
Néanmoins, le droit au développement durable a entre-temps été ajouté à la catégorie des droits humains collectifs, en tant que troisième génération de l’idéologie mondiale des droits de l’Homme. Au sens juridique, ce droit au développement durable est d’ailleurs difficile à mettre en œuvre. On ne sait pas trop qui est le sujet de droit et contre qui ou quoi la légitimité peut être apportée. La prise d’effet dépend essentiellement de facteurs politiques. Nous pouvons au mieux concevoir ce droit, de même que d’autres droits humains, comme un objectif politique reconnu au plan international. Sa réalisation dépend surtout de l’espoir mis dans l’innovation technologique. C’est certainement vraiment nécessaire, mais cela n’a pas le caractère de panacée. Depuis peu, le développement durable est aussi devenu le sujet d’une nouvelle discipline scientifique (sustainable management), qui s’occupe de la conduite des processus de changement orientés vers une société durable.
 
Pour l’instant, la pratique du développement durable reste loin derrière ce qui avait été précédemment formulé comme objectif politique. Ainsi, ce n’est pas un des grands objectifs d’environnement, qui avait été formulé dans le fameux rapport Our Common Future de la commission Brundtland, qui s’est rapproché d’une solution. C’est plus inquiétant, parce que la population mondiale s’est accrue depuis de 34 %, que le commerce mondial s’est encore développé, et que les émissions de CO2 ont augmenté d’un tiers. Mesurée par unité de la population mondiale, l’eau potable de bonne qualité est de moins en moins disponible6
 
4. Vers un autre style de vie
Si nous voulons effectuer le développement durable sans œillères, nous devrons être prêts de discuter de deux tabous : d’une part, l’asservissement à la production et à la consommation, sur lequel reposent les perspectives de développement économique actuelles du monde capitaliste, qui avait déjà été remis en question lors de la révolte culturelle des années 1970, d’autre part, la croissance démographique effrénée de la population dans de nombreuses parties du monde, en d’autres mots de la « bombe humaine » ou de l’« explosion démographique », comme certains auteurs inquiets l’ont surnommée7
 
En ce qui concerne le premier de ceux-ci, la politique est très sensible. D’après la célèbre théorie de Max Weber8, aux fondements de la politique capitaliste on trouverait le style de vie ascétique enraciné dans l’ ancienne éthique protestante. Mais sous sa forme adulte, ce système économique a engendré un style de vie effréné qui met en danger la viabilité de notre planète, au point même qu’une manière de produire écologique responsable, accompagné d’un style de vie et de consommation orienté vers le développement durable semble être devenu la consigne du temps9. Jan Juffermans, dans sa contribution à ce numéro, démontre clairement l’importance de notre point de vue écologique. Et c’est en outre « bon pour la ligne ». L’obésité, comme conséquence de l’asservissement à la consommation, est de plus en plus ressentie comme une menace pour la santé publique, même aux Pays-Bas10. Environ la moitié de la population souffre de surpoids. Un enfant sur huit est trop gros. Et aux États-Unis, la situation est encore plus aiguë. Là-bas, consommer s’apparente à un acte patriotique, et dépenser de l’argent semble nécessaire pour faire tourner l’économie et prévenir une rechute du développement économique. De là les mesures de nouvelles baisses des impôts prises par l’ex-président Bush afin de prévenir la rechute du développement économique et la récession qui va de pair, pendant que la banque centrale (Fed) les soutenait en opérant une forte baisse sur les taux d’intérêt, la plus importante depuis un quart de siècle. C’est la stimulation keynésienne ordinaire de la demande, explique Alfred Kleinknecht, professeur d’économie de l’innovation à l’Université de Delft, qui s’étonne et interprète cela comme étant la résurrection des idées de gauche de Keynes par un président de droite11. Cela me semble surtout être une tentative désespérée d’un président de droite, qui est très mal à l’aise avec son record historique d’impopularité en tant que président. 
 
La question préoccupante ici est de savoir si cette réorientation énergique doit être réalisée dans une économie et une démocratie libérales, dans lesquelles les comportements économiques et politiques sont fortement déterminés par les rapports de concurrence et dans lesquelles la croissance continue du bien-être apparaît comme une hypothèse évidente. Cette question signifie un nouveau cas d’école pour le projet libéralo-capitaliste de la modernité. L’avenir de ce projet dépend de manière non négligeable de la réponse à cette question. Diverses opinions ont cours pour le moment à propos de la nature de cette réponse12. À ce qu’il semble, l’idée d’entreprendre une réponse sociale et de consommer semble avoir en tout cas le vent en poupe. Il s’agit bel et bien ici surtout d’une idée à caractère durable. D’une récente enquête mondiale parmi les managers à propos d’entreprendre durablement, il ressort que plus de 30 % d’entre eux ne sont là que pour l’enjeu des relations publiques, donc tournés vers leur image. De là les plaidoyers pour donner un caractère obligatoire au fait d’entreprendre une réponse sociétale, entre autres en instaurant l’obligation de rapports annuels intégrés, y compris sur une série de marqueurs environnementaux fixes et de donner au président du conseil d’administration la responsabilité finale du portefeuille environnemental13.
 
5. La croissance de la population : d’un problème de gauche à un tabou de gauche
L’approche du deuxième tabou s’avère politiquement très sensible aussi. On ressent cela aux Pays-Bas, où la Fondation Club van Tien Miljoen (le Club des Dix Millions) attire courageusement l’attention depuis des années sur la problématique démographique, mais n’a reçu jusqu’à présent que peu d’écho. Même dans les cercles de protection de la nature et des organisations environnementales, on préfère éluder cette problématique. Celui qui l’aborde franchement court le risque d’être classé très rapidement comme raciste et d’être contre les migrations internationales, comme le fait remarquer à cet égard l’ancien homme politique de gauche Michiel van Hulten14. Pointer cette problématique, et surtout à propos de la pression démographique dans son propre pays, est devenu un tabou de la gauche depuis les années 1980. Jusqu’à la révolte de Piem Fortuyn, c’était même considéré comme une infraction, dont fut accusé notamment le centriste-démocrate Janmaat.
 
C’est très curieux dans une perspective historique, et c’est une nouvelle illustration de l’« hodiecentrisme » (étude du présent), la montée totale du présent, et à la courte mémoire politique qui l’accompagne. Au début des années 1950, la Fondation Wiardi Beckman, la bureau scientifique du PvdA (Partij van de Arbeiders, parti travailliste aux Pays-Bas - NDT), aujourd’hui dirigé par J.M. den Uyl, avait déjà mis sur pied une commission pour cartographier la nature et les normes de la politique démographique. En 1955, cette commission a rendu un rapport détaillé15. Dans les années 1970, ce fut le cabinet Biesheuvel qu’il était nécessaire d’établir une commission d’État sur les problèmes démographiques. Dans le rapport de cette commission, dont le président était le socialiste P. Muntendam, un certain de nombre de mesures visant la réduction de la pression démographique étaient présentées assez franchement et librement, parmi lesquelles une limitation de la pression migratoire. En 1979, la reine Juliana déclarait dans son discours du trône de cette année-là, sous le couvert de l’ancien cabinet : « Notre pays est plein, et même en partie surchargé ».
 
6. Dichotomie entre le Nord et le Sud dans une perspective démographique
La dichotomie, qui forme le point de départ de ce numéro thématique se retrouve aussi dans le développement démographique. Une population qui croît rapidement croissante dans les grandes parties du Sud, qui va de pair avec un déclin rapide du nombre de naissances dans le Nord. Dans le Sud, l’Afrique fait partie de celles qui croissent le plus, malgré le fort taux de mortalité à la suite de l’épidémie de sida. Depuis 1960, la population s’est accrue de 225 à 751 millions de personnes. Cette croissance menace la progression du bien-être encore plus que l’épidémie de sida. En ce qui concerne le Nord, la chute du nombre de naissances est plus marquée en Europe (en moyenne 1,4 enfant par femme ; les Pays-Bas se situent un peu au-dessus de celle-ci avec en moyenne 1,8 à 1,9 enfant par femme) ; aux États-Unis, cette chute est moins forte. Là, on parle encore de 2,1 enfants par femme grâce à une plus forte influence religieuse. Cette tendance décroissante est renforcée par le nombre croissant de jeunes femmes ayant fait des études supérieures et qui, pour des raisons de carrière, restent volontairement sans enfants, et qui sont soutenues par ds organisations telles que World Child Free Association qui veut mettre fin à la discrimination qui frappe ceux qui restent volontairement sans enfants. D’après de récentes données de CBS, le nombre de femmes qui restent volontairement sans enfants augmente de plus en plus. Ce sont principalement les femmes ayant fait des études supérieures qui font souvent ce choix. Parmi ces femmes nées dans les années 1950, 25 % d’entre elles sont restées sans enfants, contre 10 % des femmes moins bien instruites.
 
Cette tendance à la baisse, conséquence de la révolution sexuelle qui a débuté dans les années 1960 et de la deuxième vague féministe, est très différemment appréciée. L’islamologue israélien R. Israeli16 parle d’un suicide démographique de l’Europe et met en garde contre une nouvelle conquête de celle-ci par l’islam due à la croissance rapide de la population musulmane, qui double à chaque nouvelle génération17. Le journaliste et éditorialiste canadien Mark Steyn dit la même chose et publie son scénario catastrophe sous le titre révélateur : It’s the Demography, stupid!18. Le juriste et publiciste belge P. Huys19 interprète de son côté cette tendance comme un effondrement démographique inconcevable et voit la légalisation de l’avortement comme en étant la principale cause. Étant donné le fait que non seulement la croissance, mais aussi la contraction démographique se situent le long de lignes exponentielles, le sociologue et démographe allemand F.-X. Kaufmann avertit que cette tendance s’accentuera plus lourdement après 2020. Le système de protection social actuel ne pourra alors plus être maintenu20. Les pouvoirs politiques admettent aussi que cette contraction démographique doit être reconnue comme un sérieux problème politique. En Russie, c’est même devenu une catastrophe démographique, qui pourrait à terme être fatale au rapport de force du pays sur le théâtre mondial21. D’après les prévisions, la population russe passera de 145 millions à 110 millions en 2050. Le représentant bien connu du néoconservatisme américain Irvin Kristol voit dans cette tendance un exemple d’école de la décadence occidentale22. Si l’on part d’une image traditionnelle chrétienne de l’homme, cette appréciation négative est explicable. Du point de vue écologique et de la politique démographique, dit au contraire Paul Gerbrands23, du « Club van Tien Miljoen », ce développement doit être applaudi. Apprendre consciemment à vivre sans enfants doit être vu comme une contribution bienvenue à la réduction de la surpopulation dans le monde.
 
7. Toile de fond et problématique des flux migratoires du Sud vers le Nord
Le déséquilibre du contrôle démographique entre le Nord et le Sud, et le grand écart de prospérité qui l’accompagne, expliquent d’eux-mêmes à tous points de vue les flux migratoires qui en sont la conséquence. D’où le plaidoyer pour accentuer plus fortement l’aide au développement sur la réduction de la croissance démographique dans le Sud24. Ce flux migratoire est devenu une nouvelle source de division dans la politique des pays occidentaux. Le phénomène de vieillissement de la population nous confronte aussi avec de nouveaux problèmes de bien-être, comme le maintien de la sécurité sociale, des retraites, des soins de santé adéquats, etc., et avec la question de comment savoir prévoir les déficits structurels imminents sur le marché du travail. Comme réponse à cela, on plaide de divers côtés pour une large extension de ce que l’on appelle la migration circulaire, conjointement avec le développement de la citoyenneté transnationale25. La Commission européenne préconise cela aussi. Sans ouvrir les portes principalement aux travailleurs de haut niveau extérieurs à l’Europe, l’Union européenne ne parviendra pas à atteindre l’objectif de Lisbonne d’être l’économie la plus compétitive au monde en 2010, dit la Commission. D’où l’introduction d’un permis de travail européen (blue card) pour attirer les migrants ayant fait des études supérieures, qui pourront après deux ans travailler partout en Europe.
 
Dans le cadre de l’idéologie des droits de l’Homme et de la théorie du marché libre, une liberté mondiale de migrer est même soulevée en tant que fil conducteur de la législation et de la jurisprudence internationales et comme condition nécessaire pour une globalisation telle du marché du travail que chacun, où qu’il soit dans le monde, soit en mesure de mener une existence conforme à la dignité humaine, conformément à ses propres possibilités et ses propres opinions26. La migration circulaire, comme évoquée précédemment, en est une première élaboration pratique. Ce qui veut dire que les migrants ont la possibilité d’entrer dans et de sortir du pays d’accueil permanent. Le migrant doit donc pouvoir bouger librement entre pays de provenance et pays d’accueil. Il faut donc maximaliser les points de bénéfice par diminuer le brain drain et favoriser le brain gain et la brain circulation. On ne peut privilégier à cette fin ni les intérêts directs du pays d’accueil, ni ceux du pays de provenance. C’est un concept qui retentit de plus en plus dans les cercles académiques, mais qui trouve encore beaucoup d’obstacles politiques sur sa route27.
 
La question de savoir si la migration du travail peut compenser les conséquences du vieillissement de la population reste controversée. Le Conseil scientifique de la politique gouvernementale et le Bureau central du Plan voient cela tout au plus comme une aide pour alléger temporairement les problèmes ad hoc28. Les deux institutions font bien une exception pour les migrants possédant un fort potentiel économique, dont nous avons besoin pour tenir des fonctions difficilement remplaçables. La migration du travail, aussi conditionnée soit-elle, n’en demeure pas moins controversée. Elle mènera, d’après d’autres critiques29, via le brain drain, à faire encore grandir le fossé entre pays riches et pauvres : dégradation de l’environnement et renforcement de la pression démographique. Ces derniers éléments stimulant à leur tour l’émigration des personnes ayant fait des études supérieures de leur propre pays. Il apparaît des chiffres de CBS que ces dernières années, l’émigration est déjà plus élevée que l’immigration. L’année dernière, un nombre record d’habitants des Pays-Bas ont émigré : 126.000. On prévoit que ce nombre actuel d’émigrants restera constant. Le fait que les Pays-Bas aient le plus grand excédent de départ de tous les pays de l’Union européenne est surtout dû à la croissance de la population et à la pression environnementale. L’Afrique a déjà, comme dit au point 5, la croissance la plus rapide pour ce qui concerne la taille de la population, ce qui n’empêche pas que la densité de la population y soit nettement plus basse que celle des Pays-Bas30.
           
8. Politique démographique en sens positif et négatif
En ce qui concerne le vieillissement de la population en Europe, la question de savoir si nous ne devrions pas nous diriger vers une politique démographique active dans un sens positif, donc en stimulant le nombre des naissances, est entre-temps prudemment posée. En Allemagne, c’est déjà devenu un sérieux point de discussion. En 2004 y est paru un livre de l’éminent économiste allemand Hans-Werner Sinn sous le titre de mauvais augure : Ist Deutschland noch zu retten ? qui a suscité un grand intérêt. La même année, il tint à Amsterdam la conférence Tinbergen sous le titre parlant : Europe’s Demographic Deficit - A plea for Child Pension System. Il y démontre que l’Europe, mais surtout l’Allemagne, n’a plus d’avenir à cause du nombre trop faible de naissances. La pyramide des naissances repose sur une base de plus en plus étroite. Ce processus doit être renversé par des allocations familiales en forte hausse et des pénalités pour les familles sans enfants31. Dans le même ordre d’idée, Kaufmann, le démographe déjà cité, plaide d’une part pour rendre déductibles les dépenses faites par les parents pour l’éducation de leurs enfants, d’autre part pour un impôt supplémentaire pour les couples sans enfants32. Entre 1990 et 2002, les allocations familiales en Allemagne ont sextuplé en vue de cette problématique. Mais cela n’a eu que peu d’effets sur le nombre de naissances. Il a continué à fluctuer aux alentours de 1,3 naissance par femme.
 
Aux Pays-Bas, l’économiste amstellodamois B. van Praag33 a pris le risque d’examiner cela. Il est partisan d’une politique démographique qui maintiendrait en tout cas la population stationnaire, par des mesures dirigées, donc à son niveau actuel de seize millions d’habitants. Concrètement, cela signifie en moyenne 2,1 enfants par femme. Il est intéressant de constater en cette matière le revirement du démographe D.J. van de Kaa34, qui faisait partie de la Commission d’État sur les problèmes démographiques, déjà citée. En tant que membre de cette Commission d’État, il était encore en 1977 pour le ralentissement de la pression migratoire pour permettre la réduction de la croissance de la population. À la suite de la problématique du vieillissement de la population, il est revenu sur ses positions antérieures et voit maintenant plus la solution dans une migration sélective que dans l’encouragement aux naissances pour faire face à cette problématique.
 
Paul Gebrands, en tant que porte-parole du « Club van Tien Miljoen », ne veut rien entendre des deux positions. Il salue justement ce vieillissement de la population35. Ce que fait aussi le démographe G. Beets36 de l’Institut interdisciplinaire démographique. Qui y voit aussi une contribution salutaire au ralentissement de la surpopulation actuelle. C’est pourquoi il n’est pas partisan d’une politique démographique telle que citée précédemment. Gerbrands37, lui, plaide pour une politique démographique active, mais en sens négatif : restrictions supplémentaires de la pression démographique au moyen de stimulants fiscaux, suppression ou limitation des mesures stimulant les naissances, comme les allocations familiales, limitation à une moyenne d’un enfant par famille, comme en Chine, une politique d’autorisation très restrictive et le basculement d’une économie de croissance vers une économie de contraction. Un penseur de gauche, A. van der Zwan38, ne va pas plus loin lui que la limitation des allocations familiales à deux enfants et uniquement pour les personnes les plus défavorisées. Une question captivante à cet égard est de savoir comment il est possible de formuler cela de manière optimale afin que cela ait une dimension acceptable par la population. À l’aide de quels critères faut-il délimiter cela39 ?
 
A. Rouvoet, ministre de la Jeunesse et de la Famille, a pris le risque de s’aventurer sur ce terrain avec son appel à une réflexion sur les coûts du vieillissement de la population à propos du nombre souhaitable d’enfants par. Cela mène uniquement à une pression démographique encore plus forte dans un pays qui est déjà ressenti comme saturé. Pour un renouvellement et une taille stables de la population, un nombre de naissances de 2,1 par femme est nécessaire. Pour l’instant il est en moyenne de 1,7. La première réaction de la Seconde Chambre a été de refuser cela, sans plus. Le démographe Beets, que l’on vient de citer, indique à cet égard qu’ un nombre de naissances de 2,1 enfants par femme représente annuellement de 30 à 40.000 enfants qui naissent.
 
9. Dépolitiser le problème démographique
Comment devons-nous sous situer dans cette délicate et complexe problématique de durabilité ? Il est frappant de voir comment le problème démographique est encore vu de manière craintive. C’était aussi le cas une fois de plus dans la vision libérale de la durabilité déjà mentionnée au point 5. Du côté libéral, on veut montrer de cette manière que la problématique de l’environnement n’est plus seulement un thème typique de la gauche. Le but de ce numéro thématique, comme il a été dit, est d’impliquer explicitement le problème démographique par une réflexion renouvelée sur la manière dont nous devons réagir face à la problématique du développement durable et également de mettre en évidence que le problème démographique n’est pas non plus un thème typique de la droite. Une réflexion sur la problématique de la durabilité est soulevée dans ce numéro en tant que remise en ordre de la responsabilité collective sur les limites politiques des partis, et ainsi la dépolitiser. Nous espérons ainsi lancer un débat ouvert, dans lequel différentes approches et prises de position pourront être prises en considération.

  1. Voy. e.a. J.C. Noordwijk-Van Veen, Rentmeester of roofridder?, Bulletin Club of Rome, Erasmus Liga, mars 2004.
  2. Voy. J. Berkouwer, Duurzame ontwikkeling als mondiaal probleem, Civis Mundi, 3, 2002 ; G.A. van der Wal, Moderniteit en duurzaamheid - Een duurzame relatie, Civis Mundi, 3, 2002, et M. van Hulten, Na ons de zondvloed?, Civis Mundi, 3, 2002.
  3. Voy. aussi en ce sens : J. Gray, « Een wereld met minder mensen is het beste recept tegen de dreigende klimaatramp », NRC Handelsblad, 26/27 janvier 2008.
  4. Voy. C.L.C. Richert, Liberale duurzaamheid, Teldersstichting, 2007.
  5. Voy. Berkouwer, Van der Wal et Van Hulten, op. cit. (note 3).
  6. Voy. le 4e rapport sur l’environnement GEO (Global Environmental Outlook), publié en 2007 par le PNUE, le programme des Nations unies pour l’environnement.
  7. P.R. Ehrlich, Population Bomb, 1968 ; P.R. Ehrlich et A.H. Ehrlich, The Population Explosion, 1991.
  8. M. Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalismee, 1920.
  9. Voy. entre autres G.A. van der Wal, « Een nieuwe maat van het bestaan ? Enkele overwegingen bij de huidige mateloze levensstijl », in W.A. Arts e.a., Tempora mutantur, 1992, pp. 127 et s. et D. Geldof, We consumeren ons kapot, 2007.
  10. Voy. entre autres H. Dagevos et G. Munnichs (réd.), De obesogene samenleving - Maatschappelijke perspectieven op overgewicht, 2007.
  11. A. Kleinknecht, « De onverwachte wederopstanding van Keynes », NRC Handelsblad, 28 janvier 2008.
  12. Selon une conception plus modérée et technocratique qui trouve un écho auprès des autorités gouvernementales, excepté dans une grande part du mouvement environnemental, een meer gematigde, technocratische opvatting die behalve bij een groot deel van de milieubeweging ook weerklank vindt bij de overheid, cela peut être suffisant avec la montée de manières de consommation et de production écologiques responsables, par le biais de l’introduction de prélèvements fiscaux, de protocoles d’accords, de rapports d’effets sur l’environnement, de plan de politiques environnementales, etc. En contrepartie, il y a la conception de ceux que l’on nomme les « penseurs verts radicaux », qui cherchent les origine de la crise écologique dans les fondements de l’ordre social, et plaident de ce fait pour un changement fondamental de la structure sociale. Ce radicalisme rencontre toutefois de grandes résistances. Il est même parfois appelé « écofascisme ». Voy., à propos de cette orientation radicale, F. Janssens et U. Melle (réd.), Voeten in de aarde - Radicale groene denkers, 1996.
  13. Voy. A. van Witteloostuijn e.a., « Het wordt tijd voor echt milieubeleid », NRC Handelsblad, 13 mars 2007.
  14. M. van Hulten, op. cit. (note 4), p. 150.
  15. Voy. Bevolkingsgroei en maatschappelijke verantwoordelijkheid, Publications de la Fondation Wiardi Beckman, 1955.
  16. Voy son interview dans le Nederlands Dagblad du 3 février 2007, p. 11 (« Europeanen plegen demografische zelfmoord »).
  17. Voy. R. Israëli, The Third Islamic Invasion, 2007.
  18. M. Steyn, « It’s the Demography, stupid », Opinio, 12, 22 mars 2007.>
  19. P. Huys, Christendom en christenheid, Nucleus, décembre 2006.
  20. Voy. F.-X. Kaufmann, Schrumpfende Gesellschaft. Vom Bevölkerungsrückgang und seinen Folgen, 2005.
  21. Voy. par exemple M. Lauman, « Bevolkingskrimp grootste bedreiging voor Rusland », Internationale spectator, octobre 2007.
  22. Voy. son interview dans le mensuel NRC Handelsblad de mars 2004, p. 68.
  23. P. Gerbrands, Geen kwestie van ethiek, in: P. Gerbrands e.a., Tien miljoen mensen als duurzame bevolkingsomvang, 2006, pp 111-112
  24. Voy. T. De Ruyter-Van Steveninck, « Over bevolking en overbevolking », Liberaal reveil, 1998.
  25. Voy. entre autres H. Ghorishi, R. Lubbers et N. Tahir, « Vier de komst van migranten, haal alles uit hen wat ze in zich hebben en dat is veel », NRC Handelsblad, Opinions et débats, p. 19, 27-28 février 2007.
  26. Voy. P. de Waart, « Humane bestrijding van terrorisme », in S.W. Couwenberg (réd.), Van Koude Oorlog naar oorlog tegen terrorisme, annuaire Civis Mundi 2007, pp. 113-114.
  27. Voy. R. Muskens et F. Bieckmann, « Circular migration - Creating a virtuous circle », The Broker, 1, 2007, pp. 10-14.
  28. Voy. Nederland als immigratiesamenleving, WRR, octobre 2001, et Immigration and the Dutch Economy, Bureau central du Plan, juin 2003.
  29. Voy. entre autres L. Delsen, « Prijs arbeidsmigratie niet de hemel in », NRC Handelsblad, Opinions et débats, 3-4 février 2007, p. [x].
  30. Voy. J. Wets, « Angst voor de “bevolkingsbom” », in Internationale veiligheidsvraagstukken in het Nederlandse perspectief, Annuaire Paix et Sécurité, 1996, p. 95 ; voy., pour un aperçu de la densité de population par pays et par km2, P.J. Gerbrands e.a., op. cit., noot 17, p. 51 ; avec 484 personnes au kilomètre carré, les Pays-Bas font partie du sommet.
  31. Cité parJ. Pen, « Ervaringen met de vol », in P.J. Gerbrand e.a., Tien miljoen mensen als duurzame bevolkingsomvang, 2006, pp. 12-13.
  32. Voy. F.-X. Kaufmann, op. cit. (note 20).
  33. B. van Praag, « Nederlanders moeten meer kinderen krijgen », NRC Handelsblad, 7 juillet 2003.
  34. D.J. van der Kaa, « Kinderen kun je niet kopen », NRC Handelsblad, 10 juillet 2003.
  35. P.J. Gerbrands, op. cit. (note 2), pp. 43-46.
  36. Tiré de « De leraar moet over baby’s praten », NRC Handelsblad, 22 juillet 2005, p. 2.
  37. P.J. Gerbrands, Mijn land van veel en vol, 2003.
  38. Voir son interview sous le titre « Vloeken in de linkse kerk », Rotterdams Dagblad, 4 octobre 2003.
  39. Voy. Aanzet tot het formuleren van criteria voor een bevolkingsbeleid, Fondation « Club van Tien Miljoen », 1997.

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