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vendredi, 20 août 2010 09:22

Déménager ou être submergés

Paul Gerbrands, dans son livre Gebrek aan schaarste

Les travaux du plan Delta
Les travaux du plan Delta sont le symbole de dépenses somptuaires. La somme de plus de 50 milliards d’euros qui devrait être prévue maintenant pour des travaux comparables à ceux que la catastrophe de 1953 a exigés ne peut être mise en relation avec la petite partie du territoire des Pays-Bas qui serait temporairement sauvée de la destruction.

Les inondations au Bangladesh inondent chaque année des territoires des centaines de fois plus vastes que ces parties de la province de Zélande qui ont été une unique fois la proie des flots. Dans de telles contrées, il n’y a pas d’autre choix qu’attendre l’éventuelle décrue. Mais les Pays-Bas vivent sur un grand pied et n’ont pas le temps d’attendre. Et ils investissent traditionnellement de bonne grâce dans des moyens de défense maritimes. L’eau n’est pas exceptionnelle ici, l’argent et les gens certainement pas non plus. C’est pour cette raison que nous pouvons ici laisser couler l’argent vers la mer comme si c’était de l’eau. Jusqu’à présent, les travaux du plan Delta ont engendré une grande reconnaissance internationale. Mais on s’aperçoit progressivement que ce n’est pas l’homme qui aura raison à la fin, mais bien la nature. Et notre argent aussi est de plus en plus rarement en relation avec la lutte contre les eaux toujours plus envahissantes. C’est pourquoi les travaux du plan Delta et de création de polders du Zuiderzee et des lacs intérieurs sont perçus petit à petit comme étant inutiles et trop coûteux et qu’ils finiront tout de même par être envahis par les flots. Au vu de la montée attendue du niveau des mers, qui pourrait s’élever à quelques mètres dans les prochaines décennies, il semble que le déménagement préventif de la partie occidentale des Pays-Bas vers la partie orientale soit la seule option sérieuse. L’argent des futurs plans visant à protéger les Pays-Bas de la montée des eaux pourrait, par exemple, être mieux utilisé pour combler le déficit croissant dans le système de pensions de retraite et pour la couverture prévisionnelle des frais de déménagement d’environ trois millions de personnes qui devront tôt ou tard fuir la montée des eaux. Mais il y a encore tous ces autres plans. Un bureau d’ingénieurs de Nimègue veut établir sur le fond de la mer du Nord, au large des côtes des Pays-Bas, un radier constitué d’énormes rochers pour protéger toute la ligne de côtière. Cela n’empêchera pas beaucoup la montée des eaux.

Accueil d’urgence
Jusqu’à présent, l’argent n’est pas un problème. La surpopulation n’est pas encore une question prioritaire aux Pays-Bas. Personne ne se soucie encore vraiment des atteintes à l’environnement. Et les inondations sont temporaires et toujours inattendues. Mais les forces de la nature peuvent se réveiller à tout moment. Si une grande inondation provenant de la mer ou des fleuves venait à envahir les polders néerlandais durant une longue période, ça barderait. Les biens immobiliers dans l’ouest des Pays-Bas diminueraient sensiblement de valeur, voire n’auraient plus de valeur du tout. L’exode de la population vers le centre et l’est du pays commencera sans faire aucun doute. Déjà maintenant, beaucoup d’habitants des régions de l’ouest, surtout les plus riches, déménagent vers des régions plus sûres et plus sèches, où le prix des maisons est encore relativement peu élevé. Étant donné toutes les pertes en capital qui surviendraient lors d’inondations persistantes, y compris l’infrastructure, les Pays-Bas devront être en mesure d’accueillir et d’héberger dans le reste du pays trois millions d’habitants provenant des provinces occidentales. Mais cela n’ira bien sûr pas sans chocs ni heurts. Du fait que la densité de population dans l’est du pays croîtra rapidement pour atteindre environ 600 habitants au km2, la pression sur les besoins d’infrastructure dans la région qui est l’épine dorsale des Pays-Bas sera énorme. Et nous ne tenons même pas compte du déficit en habitations qui naîtrait. Les maisons ne sont pas encore vraiment rares pour le moment. Mais elles le seront certainement très bientôt. Il sera absolument nécessaire de prévoir un accueil d’urgence sous tentes, dans des chalets de vacances et des bâtiments publics. Mais la cohabitation forcée, comme celle qui se produit après une guerre avec beaucoup de bombardements, sera ici aussi nécessaire. Les troubles sociaux, occasionnés entre autres par le chômage et le manque d’intimité, amèneront certainement de nombreuses personnes à penser que franchir la frontière allemande est la meilleure solution. Le sol des Pays-Bas, qui était déjà une denrée rare, le deviendra plus que jamais. Les personnes fortunées seront vraisemblablement les premières à investir leur argent dans un pied-à-terre en Allemagne, au Portugal ou en Tchéquie, par exemple.

Un nouveau plan Marshall
Le nombre de citoyens néerlandais dupés qui devront dans cette situation faire appel à une allocation ou à un emprunt sera grandissant. Il ne fait aucun doute que le nombre de noyades, de suicides et de pillages augmentera au fur et à mesure des années. L’appel à la solidarité sera énorme. Et les Néerlandais feront beaucoup en ce sens. Mais il est à craindre qu’il n’y ait là aussi des limites. Comme nous n’avons jamais vraiment connu la disette, celle-ci ne nous a jamais fait prendre conscience de son existence. Le Parlement devra publier des lois de crise. Celles-ci feront augmenter les impôts de ceux qui sont restés épargnés par la montée des eaux, agissant comme une justice redistributive. Une redistribution des revenus et des dépenses de la part des autorités ne se fera pas attendre. C'est une chance inattendue pour les partis politiques qui affirment depuis toujours que la justice distributive supplante la responsabilité propre de l'individu. Ils lui donneront de nouveau la préférence, comme des jouets de Saint-Nicolas à partager. Et cela de nouveau aux frais de ceux qui ont un peu épargné, ce qui ne fera pas changer le sentiment d’injustice. Beaucoup d’aide viendra de l’étranger. Une sorte de nouveau plan Marshall ne se fera pas attendre. Cependant, cela n’apportera que peu de soulagement, car la montée de eaux touchera aussi les régions côtières de pays voisins, comme l’Allemagne ou le Danemark, ainsi que les pays lointains les plus pauvres comme l’Indonésie et l’Inde. Ces pays feront eux aussi appel à la générosité commune. Et celle-ci se raréfiera aussi devant le nombre de cas urgents. Il est à craindre que trois millions de Néerlandais, chassés par les eaux, pour autant qu’ils aient le droit de vote, ne doivent recourir aux organisations religieuses, partis socialistes et autres institutions d’aide publique. Dans le besoin, on apprend à prier.

À l’étranger
Les inondations sont aussi vieilles que le monde, et habiter dans les basses régions côtières n’a jamais été sans risques. Les populations du Bangladesh et de Sumatra ne l’ignorent plus depuis le séisme et le tsunami de la Noël 2004. Et en juillet 2005, 90 millions de Chinois prirent la fuite devant la montée des eaux. Mais les régions touchées se répartissent chaque année sur toute la surface du globe. Parfois par des pluies diluviennes, parfois par des séismes, parfois par l’intervention humaine intempestive sur la nature. Dans nos riches contrées, ont peut encore se permettre de jeter longtemps et sans aucun souci l’argent par les fenêtres. Ou dans l’eau ! La nature peut ainsi encore être tenue en respect et les conséquences néfastes être tenues à l’écart durant quelque temps encore. Mais les pays pauvres, eux, ne peuvent agir comme cela. C’est la raison pour laquelle, dans notre riche Occident, nous organisons des récoltes de fonds à grande échelle pour ceux qui doivent continuer à vivre sans ce luxe occidental. Avec ces contributions substantielles, les maisons pourront être réparées ou reconstruites sur les lieux d’où l’eau se sera retirée, mais où elle reviendra selon toute vraisemblance. Il est naturellement difficile d’expliquer à toutes les victimes d’un tsunami qu’elles ne doivent plus retourner vivre sur la côte si nous, ici en Occident, procédons exactement de la même façon. Pas plus que leur expliquer que tous les dons que nous leur faisons n’ont aucun impact négatif sur notre propre luxe. Et nous ne comprenons pas que tous nos dons, tout notre argent, n’est qu’une infime contribution à une vraie solution à tous leurs immenses problèmes. Car les pays asiatiques sont généralement si surpeuplés que la population, du fait de la densité de population à l’intérieur des terres, n’a pas d’autre choix que de s’établir le long des rivages. Avec l’espoir qu’ils puissent survivre économiquement là avec leurs maigres ressources.

La bonde de l’Europe
Les Néerlandais peuvent s’acheter de robustes bâtiments en béton derrière de hauts murs portuaires et ont encore toujours de belles digues et des dunes. Le risque d’une mauvaise surprise apparaît mince, mais les biens nommés Pays-Bas sont la bonde de l’Europe. C’est notre arrogance hollandaise qui fait que, probablement, nous allons courir les yeux grand ouverts dans notre « chute d’eau ». Un bel exemple en est la rupture de la digue à Wilnis. Cette catastrophe était totalement inattendue. Il s'est agi ici heureusement d'un problème à très petite échelle. Les catastrophes sont rares chez nous. Cependant, il a fallu réfléchir longtemps à la question de savoir s’il fallait indemniser et à quel montant. Cette indemnisation néerlandaise pour le quartier d’habitation à Wilnis fut finalement astronomique en moyenne par personne par habitation comparée aux montants très bas qui furent octroyés en moyenne par personne par habitation lors du tsunami en Indonésie. Avec les millions qui ont été récoltés pour la catastrophe asiatique du lendemain de Noël 2004 on pourrait tout au plus reconstruire un village aux Pays-Bas. S’il y avait une vraie catastrophe, cent fois plus importante que celle de Wilnis, par exemple, aucuns fonds d’urgence ne seraient suffisants, et les compagnies d’assurances mettraient certainement la clé sous le paillasson. Voilà pourquoi un soutien financier suffisant est par définition impossible. Et alors notre argent sera aussi rare et insuffisant.

L'imprévoyance
Durant les périodes de famine, les Pays-Bas fournissent aussi beaucoup d’aide aux populations qui sont en grave danger ailleurs dans le monde. Avec ces rations alimentaires, on éveille de faux espoirs sur un meilleur avenir. Car l’aide alimentaire internationale collective ne peut offrir de vraies solutions durables. L’aide alimentaire porte en elle le même grand danger pour l’avenir que l’aide lors des inondations. Après que l’aide est fournie, les enfants naissent à nouveau, comme si la famine n’avait pas eu lieu. Et tous ces enfants risquent de leur côté de mourir de faim eux aussi dans quelques années. Il y a en fait toujours une espèce d’inhumanité involontaire du côté des généreux donateurs. C’est la suite de l’imprévoyance, de l’imprudence, et destiné à rassurer notre conscience. À court terme, les problèmes semblent résolus. Et si tout le monde a oublié la catastrophe après quelques années, le destin peut revenir frapper à la porte. Chaque pays occidental conserve de cette façon son image de générosité et de largesse vis-à-vis des pays pauvres. Mais ces derniers n’avancent que structurellement peu. Il est à craindre que les techniques et les sciences présentes dans ces pays pauvres soient même insuffisantes pour garantir, à court et long terme, l’entretien des solutions offertes. En outre, la croissance démographique neutralise énormément chaque petit progrès économique réalisé sur place. Ceci semble d’ailleurs de plus en plus applicable aux Pays-Bas aussi.

Maison à vendre
La question est de savoir s’il est éthiquement justifié de poursuivre cette forme d’aide. Il n’est aucunement question d’effet durable. En fait nous laissons à chaque fois passer la chance de reconnaître que nous faisons fausse route ensemble avec nos actions humanitaires. Ce faisant, l'Occident échappe ainsi aux responsabilités d'une approche directe des problèmes structurels dans les pays pauvres et densément peuplés. Mais c’est là qu’il faudrait entreprendre des actions totalement différentes. Entre-temps, nous allons à cause de cela aussi continuer notre propre lutte contre l'eau et contre une dégradation imminente de notre prospérité à l'avenir. Ce n’est que grâce à nos énormes filets de sécurité économiques et financiers que nous sommes en mesure de continuer à vivre avec des œillères. Tout à fait comme la foule des victimes d’un tsunami regagnant les régions côtières par la force des choses. En tant qu’Occidentaux développés, malgré toutes nos connaissances et notre science à propos des catastrophes imminentes que la nature nous réserve en secret, le fait que nous puissions continuer pourtant notre vie de luxe insouciant est incroyable, mais vrai. Celui qui vend maintenant sa maison pour raison d’inondation imminente et quitte l’ouest des Pays-Bas fait preuve en tout cas d’esprit rusé et d’égoïsme.

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